15 août 2017

MERCI FÉRON !




Merci Féron,
 ta tarte au sucre, ton maroilles, ta statue de violoniste, ta grange aux grandes poutres de bois, aux guirlandes dégoulinantes, tes rangées de spectateurs sages, tes histoires sur comment transformer le brie en camembert et le camembert en brie, ta rue Heureuse, et ton gîte où dormir dans les lits les plus profonds du monde;

 C'était un si beau début de tournée, on avait poli la setlist comme un galet ou plutôt comme un noyau, quelque chose à faire nettoyer par les vers et les fourmis jusqu'à ça soit rond et propre, avant que ça ne se mette à pousser dans tous les sens,

 JL et Louise faisaient des blagues dans les loges, et plus l'heure approchait, plus les blagues s'intensifiaient, et plus moi je me taisais, ma concentration me rendant de plus en plus muette et les rendant, eux, de plus en plus chatouilleux. On devait être une drôle d'équipe à voir. Quand Vincent, des lumières, est venu nous chercher pour le concert, Louise faisait des grimaces dans la douches, JL se tenait les côtes sur sa chaise, et moi j'avais les yeux fermés et les oreilles bouchées, essayant d'être complètement là en passant par complètement ailleurs. Allez savoir pourquoi ce détour est toujours mon raccourci préféré.

 On a joué tout l'album, certaines des chansons jamais jouées sur scène, on a tout mélangé, des chansons, des poèmes trapézistes qui passaient d'un titre à l'autre, des strophes venues d'ailleurs, les 4H de sommeil de Louise qui remontait tout juste de Musicalarue, Laurent au son qui plongeait dans cette première avec nous comme dans un baptème du feu, le sourire farceur de JL qui faisait des clins d'oeils à la photographe, et moi dans ma combinaison de peintre qui bougeait les bras comme si je voulais m'envoler.

C'est passé si vite que je me suis demandée si on avait joué assez longtemps, moi qui suis habituée aux concerts à tiroirs, aux setlists cabalistiques avec flèches, parenthèses et rallonges. Après ça j'ai dessiné dans des albums en racontant tout ce qui me passait par la tête, écouté de nouvelles histoires d'amour, de hasard, et de ukulélé, et puis on a fêté ça dignement - DJ Alex passait dans la grange un mélange de tubes des années 90 et de trucs allemands underground, et j'ai des visions assez floues de notre power trio en train de faire du pole dance sur les piliers de bois ou des enchainements audacieux dans des jeux chorégraphiques qui s'inventaient avec la complicité enhardie de quelques habitants plus couche-tard que les autres, et dont la moitié des mouvements consistait à s'écrouler de rire par terre.

 On a filé dormir quelques heures, on s'est réveillés sans migraine, on a pris des photos de Boysband devant le bar du coin, on s'est raconté des histoires d'enfants imaginaires devant les tartines de confitures, on a inventé des tubes idiots dans la voiture, et je suis rentrée à Paris retrouver le chat et la Bande Dessinée, qui m'attendaient, tous les deux, bien sages.
Sauf que la BD n'avait pas mangé tous mes M&Ms

 BISOUS FÉRON ET MERCI TELLEMENT !!










10 août 2017

UN MOMENT POUR BARBARA / TERRE D'OUBLI


Le festival m'avait appelée pour venir jouer
jouer parce qu'ils étaient bouleversés et qu'ils avaient réfléchi
qu'il fallait de la musique, que pour Barbara, c'était ce qui était juste,
surtout pas d'absence de la musique
expliqué qu'elle devait jouer, qu'elle n'était plus là, est ce que je pouvais venir
pour qu'il y ait de la musique quand même,
qu'ils avaient pensé qu'il fallait de la musique quand même.
j'avais dit oui.

On réfléchissait à faire ou dire quelque chose
on m'avait demandé de venir chanter et c'était une place particulière
venir mettre de la musique parce qu'il n'y en avait plus
ça disait l'absence
mes notes dans un endroit d'absence de notes

alors on cherchait ce qui sonnait juste - des mots ou du silence, quelque chose

là bas, j'étais toute seule les premières heures,
j'ai trainé dans la ville, marché jusqu'au lac
et puis je suis revenue dans la ville, près de la scène
il y avait une très vieille église, juste à côté
je suis entrée à l'intérieur
elle était très belle et très sombre
il y a des lieux de culte où je me sens très mal, pas bienvenue
là, ce n'était pas comme ça

alors j'ai proposé de chanter quelque chose
dans la vieille église, avant les concerts
un moment pour Barbara
un moment pour traverser
un moment pour le chagrin
pour ensuite écouter les concerts ou chanter sur la scène sans forcément parler du chagrin mais en ayant traversé ça
un moment pour que ce soit l'inverse d'être là à la place de quelqu'un
pour dire la place de quelqu'un
pour dire sa place, et son nom, Barbara.

Terre d'Oubli c'est un chant
un chant inventé, un chant venu tout seul
un chant comme une cérémonie et comme un cadeau
pour les morts et ce qui reste des morts dans les vivants
et pour les vivants qui vont mourir aussi, mettre le chant à l'intérieur d'eux,
pour plus tard

c'est beaucoup de choses à la fois que je ne sais pas très bien dire.

ce jour là c'était chanter pour Barbara
Barbara Weldens son nom dans nos têtes et sur les affiches
son grand sourire et son cri dans les programmes
moi je ne la connaissais pas on ne s'était pas rencontrées, j'allais dire pas encore.
chanter pour elle et pour ceux qui la connaissaient
et chanter pour dire la mort qui est venue
le dire, oui

j'avais gardé la même tenue colorée et légère que pour la scène
parce que tout le monde parlait de la joie et de la tornade de Barbara
alors je ne voulais pas me déguiser autrement - je suis restée comme ça, avec les fleurs, avec tout

On avait coupé la musique de l'église mais on entendait un concert au loin
une trentaine de personnes étaient assises dans le noir

j'avais cette chanson de deuil dans les mains
cette chanson pour les morts
j'ai expliqué un peu, je n'avais rien pu préparer, j'ai bafouillé
j'ai expliqué que j'allais chanter et puis me taire
j'aurais aimé dire des choses plus justes, avec encore moins de mots.
mais finalement la seule chose que je voulais dire c'était ce qu'il y avait dans la chanson
c'était ce qui était dit avec cet endroit très ancien
avec les gens dans le noir rassemblés
et ce moment voilà rien que pour dire ça pour penser à ça
pour peut-être même pas penser, pas traverser non plus mais
être avec cette chose là, la mort de Barbara.

j'ai chanté

ensuite je me souviens de gens que je ne connaissais pas,
ils étaient dans mes bras et ils pleuraient
quand tout le monde est parti
j'ai allumé une bougie
et j'ai mis l'argent de la bougie dans le tronc des fleurs
seulement toute seule dans l'église j'ai pleuré moi aussi

c'était la chanson et ces gestes là
tout ce que je pouvais dire

2 août 2017

COMMENT JOUER RAINBOW ZONE


si toi aussi tu as un ukulélé,
les pieds dans une piscine
et l'envie irrépressible de chanter à propos de science météorologique

voilà les accords, les paroles et la traduction de Rainbow Zone:














RAINBOW ZONE

The sky was cristal-clear
and so was still your voice in my ears
and i missed it
so i sent a present
it was a minute of sounds and a minute of silence
hope you liked it

i think i'm in the rainbow-zone
it's half sunny and one third a storm
and for the rest that's left, well i have no idea
but i'll figure it out later eventually

i wish you'd send me something too
so i would know what that means for you
am i the most annoying person
if i'm waiting for your name to shake my telephone

maybe you're in the rainbow-zone
half sunny and one third a storm
and for the rest that's left well i have no idea
but that's ok maybe later you'll tell me

do you like songs with the word "raincoat"
i know three, can you think of more
i really liked those strange conversations
in the night with a lot of bourbon

we could be in the rainbow zone
half sunny and one third a storm
and for the rest that's left well i have no idea
but we can figure it out later eventually

and i'm just trying to be true
it takes some time, is that ok for you?
i used to rush in everything
without even knowing what i was feeling

but now i like it in the rainbow zone
half sunny and one third a storm
and for the rest that's left well i have no idea
but we can be more than one colour maybe
it hurts so fast and mend so slowly
and i don't know how this song does finish
really i do have no idea
i'll just finish slowly slowly
i'll just finish playing slowly


///


La Chanson de la Zone Arc-en-ciel

Le ciel était clair comme du cristal
et ta voix dans ma tête aussi
elle me manquait
alors je t'ai envoyé un cadeau
c'était une minute de silence et une minute de mots
j'espère que ça t'a plu

je crois que je suis dans la zone arc en ciel
moitié ensoleillé, un tiers la tempête
et pour le bout qui reste
j'en sais rien du tout
je comprendrai plus tard, si ça se trouve

j'aimerais que tu m'envoies quelque chose aussi
comme ça je saurai ce que tout ça veut dire pour toi
est-ce que je suis la personne la plus relou du monde
si j'attends que ton nom secoue mon téléphone?

mais peut-être que tu es dans la zone arc en ciel
moitié soleil, un tiers tempête
et le bout qui reste
on n'en sait rien du tout
mais ça va, tu m'expliqueras plus tard, peut-être

est ce que tu aimes les chansons avec le mot "imperméable"?
j'en connais trois, et toi, tu peux en trouver combien?
J'aimais vraiment ces conversations étranges
tard dans la nuit avec un verre de whisky

On pourrait rester dans la zone arc en ciel
moitié soleil, un tiers tempête
et pour la partie qui reste
eh ben aucune idée
mais on comprendra tout ça plus tard, si ça se trouve

j'essaye juste d'être sincère
ça prend du temps, est ce que ça te va aussi?
Avant je me jetais dans n'importe quoi
avant même de savoir ce que je ressentais

mais maintenant j'aime bien la zone arc en ciel
moitié soleil, un tiers tempête
et ce qui reste, ben,
on n' en a aucune idée
mais c'est ok, on peut comprendre les choses plus tard,
on a le droit d'être de plusieurs couleurs à la fois
et puis les choses font mal si vite et se réparent si lentement
aucune idée de comment cette chanson se termine
non mais c'est vrai, j'en ai aucune idée
je vais juste m'arrêter de jouer doucement
je vais juste m'arrêter de jouer... doucement.

RAINBOW ZONE


c'était il y a quelques mois déjà, pour un concert en appartement près de Bordeaux
il y avait un ukulélé et une piscine
et en attendant le concert
je passais joyeusement tout mon temps sur ce petit instrument les pieds dans l'eau
je ne savais pas en jouer du tout mais j'aimais bien quand même

je me sentais je-ne-savais-pas-comment
un peu soleil un peu tempête et un peu aucune-idée
j'avais eu une longue conversation avec une amie
qui m'avait dit "tu sais, c'est ok de ne pas du tout savoir ce qu'on ressent"
alors je chantais sur ma météo intérieure incompréhensible
en rêvassant avec le ukulélé

Fany, qui était dans les parages, avait filmé ma chanson naissante
et mes pieds dans l'eau
je gardais cette vidéo comme un petit souvenir de vacances avant l'heure
une carte postale d'un moment où il faisait froid à Paris
et où moi j'étais les pieds dans une piscine dans le sud
où on m'avait prêté un ukulélé
dont je ne savais pas jouer du tout
mais heureusement le ukulélé savait jouer de lui-même
donc on s'arrangeait

et puis hier soir j'ai eu une longue conversation avec la même amie
elle me disait qu'elle se sentait
un peu soleil, un peu tempête, et un peu aucune-idée
alors je lui ai rappelé ses mots rassurants et la conversation d'il y a quelques mois
et ce matin je lui ai envoyé la vidéo de la chanson née grâce à elle
qui s'appelle "Rainbow Zone"
qui parle de cette zone où il peut y avoir des arcs en ciel
justement parce qu'il y a un tiers de soleil
un tiers de pluie
et le reste on sait pas du tout ce que c'est

en lui envoyant
je me suis dit que si ça se trouve vous aussi
vous vous sentiez parfois comme ça
et que j'allais aussi vous envoyer
cette drôle de petite carte postale
pas du tout à l'heure selon la poste
mais parfaitement selon ma propre temporalité
où le bon moment peut être des mois et des mois plus tard
où le lait déborde toujours, toujours, de la casserole
et où les montres sont arrêtées et donc exactement à l'heure deux fois dans la journée
le reste du temps elles sont à la fois en retard et en avance
temporalité de lapin blanc aux cheveux violets
(ils changent de couleur - ils sont violets aujourd'hui)

enfin voilà donc une carte postale
qui a tout l'air d'avoir été enregistrée ce matin
c'est faux mais c'est parfait
c'est une carte postale vivante mouvante pixelisée
d'une chanson pas finie
sur un instrument dont je ne sais pas jouer
à propos de pas savoir ce qu'on ressent

parfait oui







STAYIN' ALIVE

Vous le savez, hein, que je dessine une BD ?
eh ben
cette nuit j'ai dessiné la page où le personnage principal, qui est une Zombie, chante Staying Alive parce qu'elle est pompette.
c'est mon moment préféré de la BD.
et ce matin j'ai dessiné la page où la zombie se réveille avec son copain vivant, et c'est mignon et dégueu en même temps;
c'est aussi mon moment préféré de la BD.
tous les moments sont mes moments préférés de la BD mais chacun quand même.
en automne ça sort en librairie et ce sera environ probablement mon moment préféré de la vie.

Six pages d'interview dans le magazine Hexagone

Je me suis tellement pris les pieds dans la temporalité ces temps ci (jamais su faire mes lacets temporels) que j'en ai oublié de vous reparler du merveilleux magazine Hexagone. En plus d'être absolument rutilant esthétiquement, on y trouve du contenu solide, farfelu, et de magnifiques photos exclusives. Clap clap clap font mes paupières qui applaudissent. Vous pouvez notamment y retrouver une grande interview où je parle en long et très en travers des conditions d'enregistrement de l'album, de la rencontre avec les musiciens, de ma non-méthode de travail, de l'équilibre entre la musique et le dessin, du fait que la musique est contagieuse, de pudeur, et de poésie.

WAW

Je suis rentrée dans une friperie et j'ai échangé tous mes vêtements
 maintenant j'ai une combinaison blanche de peintre, une casquette orange, et des chaussures noires trop grandes
 j'ai aussi toujours des cheveux bleus en bataille navale malgré cette obsession persistante de me raser la tête un de ces quatre, pour voir
 je suis rentrée dans la friperie sans savoir ce qui m'arrivait, j'ai pris les affaires qui me faisaient de l'oeil, je les ai enfilées, j'ai sautillé jusqu'à la caisse, le monsieur m'a aidée à détacher les étiquettes dans mon cou, j'ai payé
 j'ai laissé mes affaires, tout, même les chaussures
et je suis ressortie

 je me demande si je suis une autre personne maintenant

TV5 Monde


On y voit des images en vrac de grimaces, de couronnes de lierre, de barbies-médiator, de loup-accoucheurs, et de moi-même qui tente d'expliquer avec les mains que parfois les mots n'existent pas, mais qu'il faut dire les choses quand même.
 
 Le mot que je cherchais c'était idéogramme. 
Parfois aussi les mots existent mais on les a oubliés.
 
 

16 juil. 2017

LA SUMMEUR NIOUZLÉTEUR

Mes chers petits pains au lait
Voici venu l'été avec ses yeux doux et ses morsures de coup de soleil
qui fait plonger dans les fleurs et regarder celles en plastiques avec dédain
et peut-être tu sues à grosses gouttes sur le clavier d'ordinateur du bureau
peut-être tu fais la sieste dans le parc à jouets de bébé parmi les peluches

peut-être tu fais une pause pizza sur un banc
peut-être tu trempes des palmes dans une eau turquoise ou marronnasse mais c'est bien quand même
peut-être tu tournes en rond sur une petite étoile
peut-être tu poses des questions aux passants dans la ville
des questions comme avez-vous l'heure ou comment faites vous pour être heureux
peut-être que tu cuisines des montagnes de crèpes que tu escalades ensuite
ou que tu finis cet horrible dossier à rendre pour avant-hier
moi je vais te le dire
je vais te l'avouer tout de go

tout de brut de décoffrage dans la botte de foin
tout de fil en aiguille en cousu de fil bleu bleu bleu le ciel de provence
ce que je traficote cet été
et dans quelle position
eh bien
la position

c'est assise
le matin je fais du yoga moitié inventé avec le chat
on crie tous les deux MIAOU en s'étirant

ensuite je m'assois à la table à dessin
et c'est ainsi, les jambes balançant sous la table
ou s'impatientant et venant se plier n'importe comment sur la chaise
que je déverse petit à petit mon histoire de l'été
je dessine pour une bande dessinée
une bande dessinée qui paraitra à l'automne
c'est l'histoire d'une zombie végétarienne
je rigole beaucoup en la regardant vivre
ça parle de féminité et de différence
c'est très drôle et parfois pas très drôle du tout
autour d'elle il y a beaucoup d'autres personnages
et à chaque fois que j'en vois arriver un je m'écrie :
OH VOILA MON PERSONNAGE PRÉFÉRÉ !
et le chat me dit "tu as déjà dit ça pour tous les autres personnages"
et à chaque fois je réponds "oui mais lui particulièrement;
Lui il est trop bien."
j'ai tout dessiné une première fois l'été dernier
et je redessine tout cet été en essayant de faire un peu moins pire

c'est à dire que cette fois je tire la langue pour m'appliquer
et que je fais pas tout frénétiquement sur les papiers volés dans la photocopieuse du café.
Non, cette fois
j'ai deux plumes différentes et une encre bien précise
le papier est génial, j'ai envie de coller ma joue dessus en disant "WA"
comme dans une pub pour les pampers.
De retrouver ces personnages
je me sens comme si je retrouvais des amis
pas vus depuis l'année dernière
comme si je repartais en colonie de vacances imaginaire.
Ils sont tous complètement frappadingues
et à chaque nouvelle page je me souviens de ce qui va se passer et je m'écris
" OH C'EST MON MOMENT PRÉFÉRÉ "
et le chat dit "tu dis ça pour toutes les pages"

et je dis
"OUI "
en tout cas
ça s'appelle ROUGE ZOMBIE
et ça sort à l'automne
chez la merveilleuse petite édition Lamao.
J'AI SI HÂTE .
et puis pour les concerts
on se retrouve furtivement et ultrajoyeusement en août

le 10 août à Lausanne (en Suisse), dans le théâtre de Verdure de Montbenon (en SOLO)
et le 14 août
 à Féron, (59) pour le festival FéronArt (en TRIO

On s'y croise? Vous venez m'y montrer vos marques de bronzage?
et puis ceci étant une carte postale,
si vous aussi vous aimez écrire,
répondez-moi
racontez-moi ce que vous faites de votre été,
si vous viendrez au concert,
si vous êtes amoureux d'une ou de mille personnes,
si vous aussi vous trépignez de la sortie de Rouge Zombie.
TU AS VU LE CLIP DE MA RETENUE ???
(cliclic sur l'image ou ici )
PS : Quelques dates de concerts de la rentrée :)

le 10 août à Lausanne, théâtre de verdure de Montbenon (solo)
le 14 aout à Féron, pour le festival Féron Arts (trio)
le 20, 21, 22 Septembre, au Bijou, à Toulouse (trio)
le 6 octobre, Centre Charcot, à Ludres (54) (trio)
le 7 octobre, salle des Rancy, Lyon (trio)
le 29 Novembre, à l'Entrepôt, au Haillan (33) (trio)


Voilà ! 

je vous fais un bisou,
façon épistolaire,
au rouge à lèvres appuyé sur le papier à lignes
une trace
brûlante
et rouge
rouge
zombie
évidemment
bel été et à très bientôt !
 
Camille Hardouin

8 juil. 2017

UN ELEPHANT



et soudain
je ne sais pas pourquoi
en repensant à cette histoire d'éléphant dans un magasin de porcelaine

je me rends compte
de la beauté de l'éléphant
jamais je n'avais pensé à ça
à la beauté immense de l'éléphant.
jamais pensé
à la futilité du magasin de porcelaine
à l'absurdité de l'idée
que c'est à l'éléphant de faire attention
d'être plus poli et moins encombrant
jamais je n'avais pensé à ça
à la beauté de cet animal
à la beauté
à la souveraineté
de l'éléphant

au lieu de penser aux tasses qui tombent
au prix qu'elles doivent coûter
aux roses dessinées à la main sur les assiettes
aux mains sur la bouche des dames bien coiffées
je pense
au cuir noir et doré et gris
de la peau de l'éléphant
à ses mille petites rides par centimètres
autant que ce qu'il nous faut toute une vie pour faire pousser sur un visage
à la lenteur magnifique de l'éléphant

oui
vraiment
comme un éléphant dans un magasin de porcelaine
je ne considérerai plus jamais cette expression dans ce sens désolé
la politesse atroce de vouloir se faire plus petit, moins royalement énorme
vas y l'éléphant
casse tout
on s'en fout du prix des assiettes
sors toi de là
retourne
à la jungle

l'Oreille à l'envers

Eh bien j'en dis des bêtises devant la caméra de l'Oreille à l'envers !

je sors tout juste de scène, je dis du Genet d'un air hilare, ma couronne de fleurs est de traviole, au lieu de répondre aux questions je montre la tête écarquillée que je fais quand je lis des poèmes ou quand quelqu'un reprend mes chansons, je raconte comment inexplicablement j'ai appris à regarder dans les yeux, autour la nuit tombe doucement, le festival Ta Parole continue à battre son plein et ses pâtes à crêpes; et on peut entendre, hors caméra, les oreilles à l'envers faire oui oui depuis leur bouche à l'endroit,

merci beaucoup pour ce doux et joyeux moment !

*MILLE BOUCHES* au Bonbon

Merci le Bonbon pour ce titre acoustique à la Rédac et ce super souvenir !

ça donne envie de faire des blagues terriblement sucrées
mais je vais m'abstenir élégamment
alors je dis juste merci
et je cours les faire en secret dans ma cuisine
le chat en a marre
de tous ces mauvais jeux de mots qu'il est le seul à entendre
c'est comme ça
cher chat
tu as signé pour mes turpitudes vocabuleuses en échange de tes croquettes automatiques
eh oui
il fallait lire les petites lignes
au bas du contrat
miaou


tout ça pour dire
voici MILLE BOUCHES
en acoustique au bonbon
tout le monde était vraiment trop gentil
les voisins faisaient des percussions aléatoires de perceuses, de vaisselles, de radio-crachotante
j'aimais bien - que ça joue de la vie, du quotidien, du hasard
par dessus ma guitare
je regardais les fenêtres dehors
et celles dedans comme toujours
ça me fait les yeux en roulette russe
et des souvenirs d'immeubles, de cigarettes échangées,
et de confidences

MERCI pour tout ça LE BONBON !


7 juil. 2017

5H DU MATIN

LE REMIXx EST SORTI !

MERCI KLINK CLOCK POUR LA CONFIANCE !
...

il y a quelques mois Klink Clock
m'ont proposé de faire un remixx d'une de leurs chansons
avec Lou Goo Pile alias Goupile on s'est jetées dans la bataille
on s'est collées sur le front l'étiquette PARADOXx KLUB
on s'est obsédées du refrain étouffé comme à travers les portes d'une boite de nuit
j'ai dit des choses hallucinées
hurlées et improvisées puis écrites et déversées,
c'était la nuit
Goupile a tout enregistré, tordu, remixé à 8000 mètres d'altitude dans un avion
et c'était né, cette drôle de chose
le premier remix

Ensuite Klink Clock
on pris tous les remixx de tout le monde
et à chaque fois ont tourné un petit clip en DIY
avec des masques blancs et noirs
sur ce que leur inspirait la chanson

tu peux regarder et écouter
celui par Oli de Sat, du groupe Indochine
ou par The Rabbots
ou le nôtre

ça s'appelle 5H du matin
on a vraiment tout tordu et on est très contentes

 

BONJOUR PABLO


C'est dimanche soir
et vous pouvez écouter BONJOUR CHANSON
la délicieuse émission de Charles Spira
avec ce petit accent fantastique
il parle de Mille Bouches, plus précisément de ma chanson Pablo

on y entend aussi Kerenn Ann, Da Silva, Nicolas Peyrac, Valérie Carpentier, et même Kyo.


On y entend parler de filles qui fuient l'amour pour l'aventure
de faire demi-tour
de chanter pour garder l'espoir,
de farine qu'on oublie de mettre dans le gâteau
de rester allongé sous la pluie

et on apprend quelques secrets
sur mes réveils du milieu de la nuit
et le pourquoi des baisers pris dans mes cheveux emmêlés

moi j'écoute tout ça en révassant
en préparant un clafoutis aux cerises
mais vous
vous faites comme vous voulez

( cliclic  pour écouter )


CAT YOGA



Je sais pas comment font les autres personnes qui dessinent mille heures par jour pour pas rouiller de partout. Je finis par imiter les postures de mon chat pendant les pauses et appeler ça du CAT YOG



LE PONT DES ARTISTES

EH BIEN je suis supercontente et même un peu émue
de pouvoir partager aujourd'hui
ces moments suspendus

au Triton
pour le Pont des Artistes
avec Soan et Paris Combo


WAOU
merci

les photos de Ta Parole

Quelques photos du concert au festival Ta Parole, par Chantal Bou-Hanna!

J'ai particulièrement ri en voyant la première, juste avant le concert, en train de pouffer de rire et de stress, avec Tibô, mon ingé son, qui tente de me soutenir comme il peut
Sur le site on voit aussi un échantillon notable de toutes les expressions faciales possibles à l'aide de deux joues et un cou
et puis de petites photos fleuries des dédicaces au soleil
merci beaucoup pour tous ces souvenirs !









(pour voir toutes les photos, c'est sur le site de Chantal Bou-Hanna: cliclic )

27 juin 2017

5H DU MATIN - KLINK CLOCK "SPASS" REMIxX


 IL EST ARRIVÉ QUELQUE CHOSE QUI ME REND VRAIMENT TRÈS CONTENTE ET QUE JE NE POUVAIS PAS DIRE JUSQUE LÀ !

Klink Clock, m'ont proposé de faire un remix !

ça sort la semaine prochaine !

quand ils m'ont dit ça j'ai sauté de joie sur un petit trampoline mental
(wa ! klink clock ! wa ! un remix ! wa ! un trampoline mental !)

et demandé à Louise - alias Goupile- de se jeter aussi dans la bataille
parce que j'avais aucune idée de comment faire toute seule, parce qu'elle fait des trucs tellement cool
et parce qu'on adore bidouiller des choses ensemble

alors

on s'est collées sur le front l'étiquette PARADOXx KLUB
on a pris ce refrain étouffé comme à travers les portes d'une boite de nuit
j'ai dit des paroles
hurlées et improvisées puis écrites et déversées,
c'était la nuit
Goupile a tout enregistré, tordu, remixé à 8000 mètres d'altitude dans un avion

et c'était né, cette drôle de chose
le premier remiXx
ça s'appelle 5H du matin
MERCI KLINK CLOCK POUR LA CONFIANCE
on a vraiment tout tordu et on est très contentes

ça sort donc la semaine prochaine ! et je vous dis à dans 7 jours à 5h du matin pour encore plus de majuscules et de points d'exclamations et de figures acrobatiques imaginaires



22 juin 2017

Pas de nom


La petite fille que j'aime va partir en voyage
elle a huit ans
je n'ai pas de nom pour dire sa place

la petite fille que j'aime va partir en voyage
sa maman - que j'aime aussi - m'a prévenue
on va partir
on va partir trois mois

j'aurais bien aimé avoir à dire "d'accord"
bien-sûr que j'aurais dit "d'accord"
je dis "d'accord" pour tous les rêves des gens que j'aime
même ceux que je ne comprends pas
mais je n'ai pas de nom moi non plus pour la petite fille
et elle n'a pas de nom pour moi

on dit juste les prénoms
parce qu'on n'a pas d'autre chose

Une fois je suis allée dormir chez le papa
je ne le connaissais pas vraiment mais je l'aimais à cause de ce que j'avais entendu de lui
et à cause de sa place, du nom de sa place
j'étais venue passer la soirée avec elle pendant que personne n'était là
on a mangé de la pizza et regardé un dessin animé
c'était bien
je lui ai chanté une chanson avec son mini piano criard et désaccordé
en me souvenant de toutes les fois où je lui ai joué des chansons pour s'endormir
ensuite elle s'est endormie avec une histoire sur le téléphone
elle dort les yeux ouverts et en agitant les bras
ça ne fait pas peur
parfois elle est somnambule

je l'écoutais dormir
et je travaillais dans la pièce à côté
je lui avais volé une couronne de fleurs
que je ne veux toujours pas rendre
je suis restée dormir avec ma couronne sur la tête
parce que je ne voulais plus partir de là
je ne sais pas quelle est ma place
en fait je le sais très bien, c'est juste que ma place n'a pas de nom
mais ma place qui n'a pas de nom et le papa
on a déplié le canapé lit et on a dormi là, tout simplement
parce que c'était normal que je sois là
même si ma place n'a pas de nom

parfois je trouve ça si violent
que l'amour n'ait pas autant de noms que la neige
je voudrais pouvoir dire ce qui m'arrive
pouvoir savoir que ça existe
pouvoir dire aux gens
comme ils disent "ma fille"
pouvoir dire
cette petite fille que j'aime d'une façon qui n'a pas de nom
avoir un mot seulement pour dire ça

dans trois jours elle part en voyage
et moi ce matin
j'ai rêvé que je courais jusqu'à la maison du papa
pour la prendre dans mes bras
j'ouvrais la porte j'avais une clef
le papa était en pyjama à rayures
ahuri de me voir débarquer
je le prenais vite dans mes bras
et puis je courais dans la chambre de la petite fille
de la petite fille qui n'a pas de nom d'amour
mais qui a tout l'amour de ce nom qui n'existe pas
je courais et elle était à peine debout
elle s'exclamait de me voir elle disait mon prénom de ce ton que je connais si bien
de cette voix que j'ai vu changer et se déployer
depuis cette bouche qui est devenue de plus en plus haute
en haut de ce corps de liane qui a poussé
elle disait mon prénom et elle se jetait dans mes bras

moi je la serrais fort je disais
je voulais vraiment te voir tu sais
avant que tu partes
à l'école

en me réveillant je me suis souvenue qu'elle partait vraiment
j'ai eu envie de courir en pyjama jusqu'à l'école
et je me suis souvenue
que je n'avais pas de nom
pour expliquer pourquoi









PODCAST


Voici le lien du podcast, 
pour réécouter l'émission Agenda d'hier midi, sur Fréquence Paris Plurielle, avec YAS et Pépin ! 
Pépin avait un coquillage et des cheveux toutes les couleurs, un ukulélé et de quoi parler dessin pendant un gros moment. Elle a chanté sur les gros dégueus et la colère, et on était cinq et elle chantait comme si on était cinquante, l'énergie débordant largement les murs du studio. 
Yas s'est ramenée, comme d'habitude hors de tout et pile au coeur de tout, avec un texte qui filait tout droit et puis penchait et puis plongeait. Je crois qu'on l'aurait suivie où qu'elle aille. Tout ce que fait Yas est singulier, elle a un rythme de paroles qui lui est propre, et je crois qu'elle enlève des barrières parce qu'elle ne les voit même pas, que c'est en la voyant traverser qu'on se rend compte qu'il n'y en avait jamais eu, de barrière. 
Moi j'étais très contente de les rencontrer, toutes les deux. J'ai chanté une version bizarre de Mille Bouches, et dit des bêtises sur le réel. J'ai dit que la poésie c'était plus réel que le réel. En fait c'est vrai, mais pas toujours. J'ai fait comme si je ne le savais pas. C'était mignon, mais idiot. Joyeuse fête de la musique !

20 juin 2017

Ta Parole Ton Silence


Samedi soir à Ta Parole

c'était mon dernier concert de l'année

sans doute parce que c'était le dernier
avec déjà ce goût de vacances, de sable qui appelle
de pulsions de brûler un cahier en chantant du Sheila
j'avais envie d'en faire un moment quand même un peu spécial

je savais qu'ensuite j'allais m'enfermer pour un mois avec un cahier à dessin
qu'après avoir parlé beaucoup pendant trois jours
j'allais parler de moins en moins
que je deviendrai quelqu'un qui ricane tout seul dans la rue
en pensant aux bêtises que font des personnages d'encre

j'avais deux concerts encore pas lavés de moi
dans les cernes douces de la veille et de l'avant veille
ce concert semi aquatique, à trois-coeurs-au-moins, au Triton
et puis le cabaret sur le thème du temps
on était beaucoup à y chanter
et je me souviens de moments éparpillés, des duos, des cheveux blancs à capella, le pichet de vin qui menaçait de se renverser sur la table branlante, du tambour
des petits rires surpris dans ma tête à chaque fois que JL criait "COMME NOTRE AMOUR" pour répondre aux derniers adjectifs des couplets du poète
un amour tour à tour chaud, adolescent, et mort d'une balle au poumon
moi j'étais obsédée par le poème à dérouler
je voulais danser sur le fil du condamné à mort
alors j'en profitais pour mettre au milieu des paréos, des coquillages et de la mer du nord
ces images de têtes qui roulent dans le son du panier et d'amants à qui on supplie
de venir , de venir
en s'arrachant la chair s'il le faut
en traversant les murs
histoires de crimes et de jeunes voleurs qui fument
le poème le plus cru et le plus gracieux que je connaisse
j'étais ravie d'avoir trouvé une fenêtre pour le lancer au travers
et je ne parvenais plus à penser à quoi que ce soit d'autre
je fixais la fenêtre en me rapprochant
en serrant le poème et la chanson dans mon poing
avec les quelques mots mélangés que j'avais saupoudrés par dessus
et je me demandais comment ça se passerait, ce larcin


alors après tout ça
comme j'avais un concert d'une heure qui approchait
et peut-être parce que je savais que j'allais me taire pendant un mois,
j'ai cherché ce que je pouvais faire pour me donner une petite décharge électrique
pour me rapprocher de la clôture dangereuse
pour l'empoigner à pleine mains

quand j'étais petite je pensais ça
que je préfèrerais ressentir quelque chose d'atroce que rien du tout
quand ma maison a brûlé j'ai pensé "eh bien il se passe quelque chose d'intéressant"
c'était une pensée bien tordue
qui n'a pas empêché de recevoir la frayeur quand même
avec l'odeur du brûlé bouchant les pores
mais
je comprends ce côté coup-de-pied-dans-la-fourmilière
pauvres fourmis
pauvre pied
piqué par quatre vint six bouches minuscules défendant leur territoire écroulé

je parle de fourmis, de paréos
pour raconter ce drôle de moment samedi, où, à cause de ce goût pour l'électricité
j'ai mélangé mes chansons avec tout ce que j'avais sous la main
d'autres chansons qui m'obsédaient, histoires d'amour et d'allumettes éteintes - pour le moment
de suppliques aveugles, d'escaliers qu'on monte avec les pensées qui descendent, d'hallucinations apparues à chaque marche

je me sentais fatiguée si je prenais les chemins déjà connus
et enthousiaste, effrayée et intriguée, si j'essayais quelque chose de nouveau
et puis j'avais le sang, le lait, la tête lourde et l'amour salé de la veille
encore sur le bout de la langue

alors j'ai passé toute la journée dans les loges à vérifier que mes mélanges pouvaient fonctionner
à refaire mes dosages
je me cachais dans les coins avec ma guitare dans les bras
je cherchais les deux dernières phrases d'une espèce de poème chelou en anglais
elles sont arrivées
juste à temps
c'était
it takes all the hands that i have
to pray you're on the other side
slowly letting the rising tide on your ankles
ça me prend toutes les mains que j'ai
de prier pour que tu sois de l'autre côté
en train de laisser la marée montante venir sur tes chevilles
ça m'a rendue contente cette histoire de bouteilles vides envoyées parce qu'on n'a plus de mains pour écrire les messages
alors je suis descendue et j'ai respiré un grand coup
au premier rang il y avait des copines lumineuses
des inconnus tranquilles
et deux mecs qui parlaient fort, peut-être un peu arrachés
pendant mes balances l'un d'entre eux avait flashé sur ma guitare
et m'avait montré un picking que je ne connaissais pas
mais je l'avais vu aussi danser et hurler des références à Patrick Sebastien il y a peu
je me demandais vaguement inquiète si ça ficherait ma concentration par dessus bord
mais pendant le concert il a chanté superfort les refrains de MILLE BOUCHES
et ça ne pouvait rien déranger parce qu'il s'était mis dans mon équipe
et quand je suis partie, après le rappel
après la traversée des chansons connues, les détours par les rapides, les petits rochers que j'avais rajoutés pour agrandir le paysage et pour me garder réveillée
comme j'avais dit que j'aurais aimé chanter longtemps longtemps,
depuis les coulisses je l'ai entendu crier: RESTE CHANTER ! RESTE CHANTER ENCORE SUPER LONGTEMPS ! et je me suis dit que j'allais définitivement raconter ce moment,  en oubliant de préciser que juste après il avait crié UNE TRACE DE SPEED ET C'EST PARTI POUR TOUTE LA NUIT !

ensuite
je suis allée voir la tête du monde de dehors
il faisait grand soleil
j'ai vendu tout ce que j'avais dans les poches et dessiné sur tout aussi
des petits personnages nus qui se promenaient dans mon livret en stylobic
les crèpes s'empilaient
les bières dégoulinaient
je buvais du jus de gingembre en pensant à l'interview du soir et au travail des jours à venir
mes copines rigolaient d'ivresse, inventaient de nouvelles manières de se dire bonjour
et essuyaient la mayonnaise sur les joues des voisins
un monsieur du public m'a offert son livre de poèmes
j'avais l'impression de parler à tout le monde
de passer de bras en bras
deux petites filles sont venues me voir, elles avaient des numéros de téléphone écrits sur les poignets
maintenant je pense que c'était au cas où elles se perdaient
mais ce jour là je ne pensais rien et je leur montrais mes bras écrits jusqu'aux épaules
en répondant à leurs questions
au bout d'un moment je me suis reculée pour pouvoir reconnaitre quelle peau était la mienne
et pour me souvenir que mes limites m'appartenaient
j'ai croisé une autre petite fille que je connais très bien
elle m'a fait un grand sourire des yeux
et s'est baissée pour m'attraper un petit caillou
alors on s'est donné des cailloux comme ça pendant un petit bout de temps
ça suffisait
pour se construire un beau moment

le soir en rentrant dans le taxi
avec les copines pompettes à l'arrière
le chauffeur a raconté cette histoire
je lui demandais comment ça allait, les courses de minuit et celles de trois heures du matin
il a dit qu'à trois heures du matin c'était difficile de savoir l'adresse des gens
j'ai demandé pourquoi,
et il a répondu
parce qu'ils s'asseoient
ivres-morts
sur la banquette arrière
et malgré toutes les insistances
quand je leur demande où il vont,
ils répondent
"chez moi"

quand même je suis rentrée si agitée de tous ces mots dits et entendus
que je n'arrivais pas à m'arrêter de parler ni de bouger
que pendant quelques heures je sursautais à chaque question, à chaque
fois que quelqu'un s'approchait de trop près
et que trop près ça devenait de plus en plus loin
je sentais la fatigue me prendre et me secouer dans tous les sens
je retrouvais cette envie de donner des coups de pied partout
cette incapacité à laisser le calme venir
la peur du silence comme parfois dans les premiers instants de la nuit
la panique, l'impression submergeante de solitude
chaque fois que les mots partent
l'envie d'accrocher n'importe quelle peau
comme un radeau
je me débattais

mais maintenant deux jours ont passé
l'encre a commencé à recouvrir mes bras et mes joues
je ne parle plus
sauf à la même personne de la même boutique des "Gourmandises d'Asie" visitée pour les deux pauses de la journée
une le midi , une au goûter
j'arrive avec ma petite couronne de fleurs
et le silence apprivoisé à mon bras
je prends toujours la même chose

je ne sais pas quoi dire sur le silence
d'autres le font tellement mieux

je passe les journées à dessiner en imitant toutes les expressions de mes personnages
dans un monde sans mot
chaque fois qu'il y en a un qui apparait je trouve que c'est mon préféré
je leur mets des bijoux pour lesquels j'invente des histoires
des tatouages volés aux gens que j'aime et d'autres inventés exprès
ils ont les yeux qui tombent et des choses secrètes dans leurs tiroirs
ils transportent des certificats de décès de leur propre corps
et pourtant je rigole énormément à dessiner tout ça

et maintenant que j'ai fait la descente
en rafting
depuis cet ancien endroit de parole
je me souviens
de la paille, de la joie qui circulait
de la bière rousse au goût de pamplemousse
des crieuses publiques qui criaient joyeusement tous les mots qu'on voulait bien leur donner
des rencontres et des retrouvailles dans les loges
tous ces instruments et tous ces gens qui les amenaient à la vie
quel cadeau quand même
merci le festival Ta Parole
merci de cette chance là
d'avoir été mélangée à ces trois jours, à tous ces gens
d'avoir vu ces concerts
et d'avoir pu déverser tout mon petit tonneau de mots au milieu
quel beau nom pour un lieu de festival
La Parole Errante
oui
merci

c'est bien
merci
comme dernier mot
avant de descendre
depuis ma bouche
jusqu'à mon crayon
lac d'encre
clin d'oeil en papier
et
enfin


silence