11 oct. 2017

ENCRER




le bruit de l'encre sur le papier
c'est le bruit de la plume
mais dit comme ça on dirait que c'est léger
alors que c'est quelque chose qui gratte,
c'est ça le mot qu'on utilise, avec ce genre de plume : gratter.

gratter comme le chien
qui cherche quelque chose
gratter comme l'ancre au fond de la mer
je m'en fous du jeu de mot pourri
c'est ça ce moment, racler les profondeurs.

Il n'y a pas longtemps,
un journaliste m'a demandé comment c'était,
de dessiner ma bd.
J'ai dit que j'avais jamais autant rigolé la journée
jamais autant cauchemardé pendant la nuit.

je sens que c'est l'encre, qui gratte
je suis remuée, agitée
on ne peut plus s'approcher de moi
je sursaute et je me recule

c'est un moment
où il faut me laisser tranquille
un moment
sous-marin

pendant que j'encre j'écoute des fictions à la radio
des gens qui lisent des livres
des polars pour me tenir en haleine et dessiner des heures de suite
parce que je veux savoir la fin
des histoires de qui a tué qui
et de corps sous les arbres
pendant que ma petite zombie se promène en rigolant

ou alors des histoires, oui, de sous-marins, de paysages glacés du Nord de l'europe,
d'espionnage et de vieux flics qui ne veulent pas s'arrêter de chercher

une fois aussi pendant le dessin j'ai écouté une longue histoire de traducteur
ce n'était pas une fiction, c'était un documentaire à propos d'un poète
qui traduisait un autre poète depuis des années
c'était magnifique
je crois que son livre est enfin sorti, il y a quelques jours

il me semble que ça se met ensemble dans ma tête
un moment sous-marin,
un moment de traduction,
un moment où on trouve ce qui était caché,
un moment où sous la joyeuse bizarrerie je comprends aussi la violence d'avoir fait mon personnage principal
de quelqu'un qui est morte
ou plutôt
vivante et morte à la fois

comme d'habitude je parle avec des mots qui viennent de me tomber dans les mains
de me pleuvoir dessus
de me venir dedans comme des papiers publicitaires,
comme d'habitude c'est des mots empruntés,
volés, trouvés dans les poubelles
rarement achetés moi-même
mélangés ensemble pour faire quelque chose qui me convient,
qui a l'air de dire sans que moi j'ai besoin de parler

alors maintenant
que je raconte quelque chose depuis des mois avec des dessins
en parlant très peu la journée
je peux seulement le décrire comme ça
je rigole beaucoup mais je fais des cauchemars
ça gratte
c'est quelque chose qui remonte à la surface
quelque chose qui cherche
quelque chose qui se traduit sans se décourager, longtemps

mais aussi la chose la plus
farfelue
et
déglinguée
et
effrontée
que j'ai fabriquée
je crois

jamais ça pourrait gratter comme ça la surface si
yavait pas tous ces bras étonnés qui font de grands mouvements
tous ces rires sous la couette
toutes ces courses tout nu vers la baignoire
tous ces verres renversés n'importe comment

c'est très étonnant pour moi
de passer ce moment à encrer
 tout ce que j'ai dessiné

je ne cauchemardais pas pendant les dessins,
j'étais occupée à traduire
mais maintenant
je regarde

je pense que ça ne fera cauchemarder personne
je ne sais même pas si ça se verra
que sous les couettes les verres de champagne
les chaussettes oubliées les karaokés spontanés
et les slogans rigolos
il y a des sous-marins qui rodent
des bras
qui dépassent de la terre

mais d'ici
je me sens comme le moment
la minute après que le clown ait parlé
on a tellement rigolé la minute d'avant
et maintenant on entend le silence
de ce qu'il a dit




7 oct. 2017

MERCI TOULOUSE !



Merci, Toulouse

Tu sais, ça fait quelques fois maintenant que je viens te voir, chaque fois des rendez-vous espérés, attendus, chaque fois tremblante et hésitant sur les ingrédients à mettre, les couleurs dans le bouquet que j'ai préparé pour toi. Cette fois là, j'arrivais un peu changée, on était trois au lieu de un, la guitare que j'aime tant plus souvent reposée sur le socle, plus souvent les mains libres, les bras qui parlaient en même temps que la bouche, plus souvent les mots débordants au milieu d'autres mots, poussant comme une paroi les autres phrases prévues et s'insérant au milieu, rivière de mots soudain ouverte et tout aussi soudain tue, se déversant entière et généreuse avant de reprendre un virage abrupte pour retomber sur la route du départ, et c'était ça qu'on avait prévu ensemble, un autre circuit, à trois. Je n'avais même pas pensé que ça pouvait être une surprise pour toi, une appréhension même tu m’as avoué ensuite, je ne pouvais pas deviner ça parce que si je regarde dans le dictionnaire au mot "confiance" c'est le visage de Louise et JL que je vois, parce que c'est eux qui m'ont appris à respirer et à lâcher la rampe, et toutes les fois enfermée avec eux dans un petit studio dans une chambre dans un sous-sol dans une salle dans une maison, à ne pas s'apercevoir des murs autour puisque tout ce qu'on voyait c'était les images des chansons, ce qu'on faisait c'était s'entrainer ensemble, à trois sur le même fil, eux pour créer un paysage qui changeait sans cesse et moi pour marcher dessus sans peur.

Tu sais, mes tremblements c'est parce que le spectacle était nouveau, parce que je perdais mes habitudes, parce que j’avais passé des années à modeler et remodeler la pâte de mes concerts toute seule, dans une espèce de tournée toujours et jamais interrompue, à apprendre et à polir mes instruments, pas seulement la guitare ou, selon les périodes, la barbie, l'archet, le téléphone, la paire de fesse en plastique, le bracelet, mais aussi le silence, le présent, les gens les objets les histoires qui se trouvent la autour, et ça me rassurait, comme des objets qui ne bougeaient pas dans la chambre, les années (les amants) et les émotions passant, mais les livres s'empilant à la même place, la même petite lampe rouge industrielle sur la même table du même côté du même lit.
Ce qui me faisait trembler, c’est facile de le voir maintenant, c'était la nouveauté, la petite fille frondeuse s'engueulant avec le policier  rouillé dans ma tête, et j'avais soif et peur en même temps, je regardais cette potion d'Alice qu'on avait pourtant mijotée nous-même, mais l'étiquette se brouillait et je lisais parfois BOIS et parfois FUIT.
J'ai pourtant l'habitude des escadrons rouillés de ma tête, ceux qui pédalent sur des vélos mais à l'envers, ceux qui font semblant d'être la police mais qui en fait vont la nuit, masqués, recouvrir tous les mots d’envie par des messages d'alerte. la solution c'est souvent d'être l'archeologue de mes propres vestiges et j'enquete, je regarde sous l'encre, je décolle et retourne l'étiquette, j'interroge les habitants du bocal. Je finis souvent par boire le truc en me demandant si je vais mourir ou me transformer. Souvent se transformer c'est accepter de mourir en partie, c'est ça qui fait peur aux pédaleurs à reculons.
Mais quelques jours avant, Louise et JL m'avaient parlé, dans une langue que je pouvais comprendre, parlé des peurs et des transformations, parlé des mots et parlé surtout des paysages qui naissaient, et qu'au lieu de jouer avec un fil, un équilibre, du silence, j'allais maintenant jouer avec un paysage, tout un paysage qui bougeait.
Et arrivée sur la scène, je découvrais que je savais faire, que c'était nouveau et familier à la fois, que j'adorais la surprise et la bienveillance de ces paysages qui gonflaient et s'ouvraient et s'éteignaient et se transformaient.

En arrivant déjà pour poser les affaires j'avais retrouvé le bois de la scène du bijou, l'impression toujours d'être dans un ventre de baleine, les chaises et le plancher avalés par hasard se promenant avec nous sous l'océan. La salle était hantée, joliment hantée, et je parlais en souterrain avec les voix qui me reconnaissaient, qui m'accueillaient. Retrouver ce lieu connu, habité déjà, et ce petit mélange parfait de réel et d'imaginaire, je me suis soudain sentie revenir à la maison, revenir avec deux amis en plus, et ça m'a collé sur la bouche un sourire à la superglue.
 On avait aussi laissé de la superglue cachée derrière une poutre, au cas où les ampoules apparues à chaque doigts la première heure de la première répet fassent des leurs, puisque cet été j'avais surtout des mains qui dessinaient, qui avaient perdu les habitudes de la guitare, et que soudain de replonger assidument dans la révision des morceaux de vingts minutes sur les vieilles cordes de ma Martin, mes doigts ont pris peur et gonflé directement tous leurs airbags. J'avais peur que ça pète mais je ne disais rien, et le lendemain matin j'avais repéré sur d'obscurs forums de musiciens, entre les questionnements affolés et les remarques sexistes, une technique de sauvetage au cas ou : se coller de la superglue sur les doigts pour faire une pellicule de fausse peau et pouvoir assurer la suite du concert. J'espérais ne pas avoir à recourir à cette technique, en partie à cause des trucs stupides lus sur le même forum, en partie par peur de mettre des produits pas très recommandables dans mon systeme immunitairo-ampoulable, mais surtout parce qu'avec ma maladresse légendaire je pensais qu'il y avait de grandes chances que je me colle les doigts ENTRE EUX et que je me retrouve avec un résultat plus hilarant qu'efficace. Mais gloire, joie, soulagement, je n'ai pas eu à recourir à cette technique et j'ai pu jouer en appréciant sans trop de douleur le son légèrement différent de mes doigts ampoulés sur les cordes de ma vieille Martin.
On a été accueillis à bras ouverts, les bras boisés et peuplés de fantômes du lieu, donc, mais aussi les bras d'Emma et Pascal, qui nous accueillaient chez eux, du chien Doug monté sur ressort, les bras des tartes aux champignons et des glaces aux cacahuètes, les bras de Kevin téléphonant à tous les journaux du coin pour prévenir de notre passage, tous jonglant avec notre drôle d'organisation joyeusement, les bras de Dorian faisant le son d'une main et demi et la lumière de la moitié qui restait, les bras d'Aude et Simon amenant les amplis, le stand, la contrebasse pour éviter aux notres de devoir se multiplier par trois dans le train, les bras versant des tisanes au miel, trouvant du citron et de la propolis, préparant les lits, déchirant les billets, ouvrant les portes, conduisant jusqu'à nous, et puis applaudissant. Merci tous les bras.

Le premier soir, la salle etait remplie, on avait retravaillé jusque tard, les dessins sur les tshirts à peine secs, la chemise tout juste repassée, les tremblements frais, les regards en coin dans les coulisses, remplis eux aussi. A peine montée sur scène cette joie m'arrivant en pleine face, la joie oubliée d'être là sur scène, la joie nouvelle d'y être tous les trois, d'avoir préparé ce cadeau ensemble, de l'offrir enfin.

Le deuxième soir j'étais plus fébrile je crois- j'étais si fatiguée et la salle était moins pleine et j'avais l'impression de jouer moitié pour les vivants moitié pour les fantômes et encore une moitié (j'aime ce qui déborde) pour d'autres mondes encore ce qui me plaisait beaucoup mais me rendait aussi plus vulnérable aux tremblements de terre. On avait travaillé dans l'après midi encore une nouvelle version de cette drôle de chose qu'est le mélange de J'veux Pas, chanson de supplique, de refus de la fin de l'amour, avec des petits machins volés à Don't explain, la sublime chanson de Billie Holiday qui me fait toujours penser à l'expression "douleur exquise", à cause de la précision du refus et à cause de la beauté de la chanson. Dans cette nouvelle version je décris moi aussi ce que je pense des explications pas demandées, je dis décrire mais c'est plutôt crier tout court, crier en tapant partout sur le micro sur ma tête et sur la contrebasse, et peut-être c'était le fait qu'on m'avait dit ce jour là plein de choses que je ne voulais pas entendre, des histoires de mort, simplement parce que j'aurais voulu que ce ne soit pas vrai. Je repensais à ces phrases que j'avais lues récemment, je ne me souvenais plus où, qui disaient que la mort n'était pas un vieux squelette sage ou cruel mais une petite fille distraite, qui fauchait au hasard, maladroitement. Je crois au contraire à la sagesse grave et impulsive des petites filles mais cette idée m'avait quand même fait réfléchir. Pour ça aussi sans doute je chantais plus penchée sur mon fil, plus sujette aux changements du vent, et je trouvais ça bien quand-même cette tempête, je voyais Louise et JL avec leurs animaux peints sur le ventre, parfois c'est comme si ils marchaient suspendus avec moi et parfois c'était comme les deux piliers du fil. Le deuxième soir aussi on a fait ce drôle de rappel où en passant par Mansfield Tya on courait attraper Genet par la main, Louise et Jean Laurent improvisant et soulignant les phrases d'une couleur que je ne pouvais pas prévoir, à ce moment là c'est comme si on avait tous les trois mangé la tempête, comme si on était nous-mêmes une forme de petite tempête. On a chanté pour les morts encore après ça. ça a pas l'air marrant dit comme ça mais c'était bien .
Le troisième soir c'était encore différent - l'après midi était farcie de soleil et d'interviews, et le soir la salle était pleine et on avait rajouté un petit détour dans le rappel pour parler aussi de la fierté difficilement conquise et si importante. Ensuite c'est flou, même si je carburais à la camomille avec à peine du rhum dedans pour faire une espèce de grog-bancal, c'est flou parce qu'il y avait tant de gens, des gens avec des questions des histoires des calins des cadeaux, des gens rencontrés pour la première fois et des amis pas vus depuis longtemps, et j'ai l'impression d'avoir à peine cligné des yeux et de m'être retrouvée à Paris, l'accueil incroyable du Bijou, les souvenirs de toutes les choses prêtées dites et offertes tournoyant en manège dans ma tête, un clignement et la nuit avait passé, on était soudain le soir suivant à Paris, louise et moi au milieu des gens qui dansaient et tournoyaient devant le concert que JL donnait le soir suivant avec son autre groupe, La Machine. Il y avait des guirlandes de loupiotes de toutes les couleurs, des vieux canapés, on servait des cocktails de goyave et de rosé. Dans les bras de son père un bébé dansait en le tenant par les cordons du sweet. Moi je regardais Louise qui dansait et Jan-Laurent qui sautait d'un baiser de son amoureuse à un solo de guitare sur la scène et je trouvais que j'étais la personne la plus chanceuse du monde.

Alors Merci infiniment, le Bijou, d'avoir ouvert la route de ce nouveau concert, de nous avoir fait confiance et de nous avoir accueillis avec une espèce de jungle de bienveillance indémêlable,
Merci à vous tellement d’être venus voir notre premier tour de piste,
et merci JL et Louise,
Louise peut-être une des personnes les plus familières et les plus étonnantes, il faudrait que je fasse tout un texte sur Louise, sur les courants maritimes qui circulent entre nos deux mondes, sur sa manière d'être attentive et frontale, de réaliser tous ses rêves les uns après les autres comme on tire dans les ballons à la fête foraine, de jouer avec les mots et avec tout, sa manière de comprendre l'intérieur d'un texte en creux et de me regarder pour voir si j'ai entendu la même chose, de reflechir et puis de prendre la clarinette ou le synthé ou n'importe quoi qui traine à portée de main et de faire exactement la mélodie juste au moment juste, pas trop, pas plus, juste assez, et du balancier qui l'anime, un équilibre d'acrobate qui est aussi une baguette de sourcier puisqu'elle n'avance que lorsqu'elle est convaincu de la beauté du sol et de la pirouette, alors il n'y a plus qu'à la suivre en courant pour trouver la source, c'est facile.
Et puis Jean-Laurent il faudrait un texte aussi pour parler de sa joie, de ses doigts qui font jaillir des idées et des rivières de notes, qui se jette dans la musique comme dans une possibilité parmi mille mais s'engouffrant toujours dans le chemin le plus joyeux, faisant des petites mélodies virtuoses en les servant sur la table comme s'il s'agissait de rien du tout, un petit plat vite fait préparé, un apéritif juste comme ça, j’ai essayé un petit truc étonnant, vous m'en direz des nouvelles, goutez moi ça, et nous on goute tout évidemment , et tout ce qu'il fait m'apprend quelque chose et m'oblige à respirer et à sortir de ce dont j'ai l'habitude et à découvrir que je peux marcher aussi hors du scaphandre auquel je ne sais plus pourquoi je me tenais des deux mains.
C’est vrai avec eux deux heureusement j'ai pu apprendre à lâcher la main de mes chansons, les nouvelles, celles à peine nées, disant oui tout de suite, et prêtes à tout, et les anciennes râlant, grognant, vieillardes fustigeant tout changement la canne en l'air, avant de se laisser porter quand même et de prendre goût au toboggan, perdant dix ans d'un coup au premier dénivelé. Alors j'avais peur de tomber oui c'est vrai mais c'était avant, avant d'essayer, avant de prendre goût au vertige, avant d'avoir accepté que j’avais comme tout le monde des pieds de funambules, avant de trouver ça encore plus drôle, encore plus enivrant, avant d'agrandir mes bras mes pieds ma voix, avant d'aimer ça que l'horizon soit plus loin et plus proche à la fois, avant d'accepter que j'étais beaucoup plus petite et beaucoup plus grande que ce que je croyais, comme tout le monde

et merci à la peur et à la soif, la peur qui souvent vous regarde vous débattre et puis se calme en même temps que vous, et vous regarde accepter et capituler et vous approcher et dire oui, j’ai peur, oui, apprends-moi, alors la peur se penche et elle vous apprend, et pendant tout ce temps c’est la soif qui vous accompagne qui vous pousse qui vous encourage qui vous rassure qui vous appelle, qui vous fait des signes de l’autre côté en disant ouhou ! mais oui ! traverse !

Alors voilà on a traversé ou commencé à traverser tous les trois, et la première montée sur le bateau c’était là toulouse, et ça me rend tellement contente que je me mets à faire des métaphores maritimes, ce qui chez moi est un signe imparable de bonne humeur, et j’espère qu’on vous verra alors, poursuis-je avec des petits trémoussements joyeux de capitaine en plastique d’un bateau imaginaire, sur une des îles où on va accoster ; hier c’était Ludres, ce soir c’est Lyon, bientôt c’est Paris Bordeaux et ailleurs si vous nous invitez.

Alors avec quelques océans de retard, merci Toulouse, vraiment, merci. Et à bientôt, le reste du cosmos.

27 sept. 2017

Un mot du docteur

 
Cher bijou, excuse moi, j'ai mis toute une semaine à te dire merci
c'est d'abord parce que c'était un merci immense que je voulais te dire
alors je savais pas très bien comment l'accoucher
et puis j'avais l'impression d'incuber encore un peu
j'écrivais des morceaux de textes, je raturais, je les abandonnais dans un coin
je trouvais ça trop long trop indigeste
j'avais l'impression que mon texte penchait jaunissait se tordait se rétablissait
comme ça toute la semaine

il faut dire que je passais toutes mes heures d'éveil à avancer sur l'encre de la bd
alors pour écrire il ne restait que les moments somnambules

mais j'ai compris seulement ce matin, avec l'étonnement des gens qui tombent malades seulement une fois par an les années bisextiles, qu'en réalité j'ai une espèce de grippe
que c'était ça qui faisait que je trouvais tout plus penché que d'habitude
je l'ai compris parce que la grippe en a eu marre de me voir lui filer entre les doigts comme un poisson d'eau pétillante
donc ce matin elle m'a prise à la gorge en me poussant contre le lit
je me suis levée quand même mais elle me mordait les mollets
elle jouait avec le bouton de température
elle faisait bouger les murs et le plancher
elle me secouait sur ma chaise
moi je faisais semblant de ne rien voir et je continuais mes petits traits d'encre sur mes pages
en essayant de ne pas trop déborder
quand elle a fait trop de bruit trop de secousses
j'ai fini par me rendre à l'invitation
j'ai dit d'accord, pour en finir
je suis montée sur le ring avec elle
on s'est défiées du regard un assez long moment pour finir toutes les deux par cligner des paupières et tomber au lit avec les poules
et je ne sais pas si demain on fera un combat de pouce, une trève ou un pique nique
mais je sais que quoi qu'il arrive je relirai ce texte de merci-presque-fini
en essayant de mettre des cales sous ce qui penche
ou en vous conseillant d'incliner la tête à quarante cinq degrés, d'un air soucieux
ce sera selon

en attendant je réalise, cher Bijou, que c'est la tienne, cette fièvre
non pas celle que tu m'aurais hypothétiquement transmise, une bonne moitié de ton équipe étant, c'est vrai, au moment de notre passage, malades comme des iench (on me décrivait, tout en assurant héroiquement le coup, show must go on probablement hurlé dans les coulisses mentales, les sueurs les angines les hallucinations, mais je sautillais tellement d'être là que je me suis jetée dans tous les bras quand même), la comparaison avec le iench étant purement pour le plaisir fiévreux du verlan, puisque le seul chien qu'on a vu ce soir là était plutôt dans une forme de symbole des jeux olympiques, mais non,

non
tu vois bien
Toulouse
a mon avis
c'est plus simple
et moins médical
c'est
une crise de manque
une gueule-de-ton bois hanté

c'est bien connu
dans ces cas là
une solution radicale
et facile
c'est de reprendre un verre

alors
à bientôt
le bijou
et déjà merci

19 sept. 2017

Poussins et imprévus ( la vidéo )


je rigolais tellement avec ce texte sur les imprévus baveux, les poussins, les parenthèses interminables et les toboggans au milieu des sauts de haie, que j'ai fini par le dire aussi en video, pour les gens qui préfèrent les vidéos que les textes, et aussi parce que j'avais tellement envie de souligner des passages et de mettre des indications avec des flèches partout pour les intonations que j'ai fini par me dire, Fichtre, je vais le faire, et c'est ainsi que je me suis retrouvée en promenade dedans, avec ma chemise de dompteur, mes cheveux purple-rain et mes petits yeux fatigués. Bisous jaune-poussins




18 sept. 2017

POUSSINS ET IMPRÉVUS

   
Une petite précision pour tous les amateurs de cafouillage obscurs, de prise de pied dans les tapis volants, de phrases douces qui pivotent sèchement, de rêves arides qui pivotent tendrement, d'amants qui changent d'avis, de soleil qui a l'air d'aller vers l'aube alors qu'il plonge vers le soir, de prière qu'on croyait faire pour une chose et puis qu'on fait soudain pour une autre, le plancher s'écroulant pour nous amener à l'étage au dessous, bref, pour les amateurs de zigzags, d' imprévus, de péripéties, de virages, de toboggans surprises au moment où on faisait le 400 mètre haie.

(entre parenthèse souvent on devient amateur de cafouillage obscur malgré soi, à force d'y goûter, soit qu'on fasse tellement de choses que forcément une partie d'entre elles dérivent hors de portée des mains loin des courants vers lesquels on pensait ramer tranquillou, soit qu'on porte régulièrement deux chaussures droites avec deux chaussettes gauches. Celà dit je suis subjective, puisque personnellement, ce genre de zigzag, j'y ai pris goût à force de constater , au début amèrement, puis très vite avec curiosité, puis enfin avec, oui, une forme d'appétit, regoûtant au zeste et y trouvant, dans l'amer, un gout sucré et acide et particulier, par envie aussi sans doute de plisser les yeux et faire un petit bruit aigu et charmant au moment de la décharge de vitamine et d'intensité sur la langue - j'y ai pris goût, donc, à force de voir que ça m'était servi en plus du reste sur le plateau des repas que je prenais en jonglant sur un pied, une part de gâteau-surprise quotidienne donc , avec des goûts variants, comme dans les sucreries d'Harry Potter, entre chocolat noir et crotte de nez - en passant par de multiples possibilités entre les deux extrêmes de cette échelle gustative, dont le milieu serait probablement: beurre de cacahuète au jambon. Mon principe philosophique pour flotter quand même dans cette drôle de mare c'est d'abord de respirer pour me remplir d'air et ne pas tomber vers le fond avec des gestes dramatiques, d'autre part de penser qu'en jonglant avec des milliards d'oeufs tout le temps yen a toujours un ou deux qui tombent par terre - la plupart du temps ça fait un petit poussin tout content qui s'enfuit en galopant - les autres fois ça fait une omelette par terre et c'est tant mieux pour le chat. Voilà une longue métaphore non-végane , ultrafilée comme mes collants, moitié incompréhensible et baveuse, exactement comme je les aime.)


Mais j'en viens au fait, que dis-je, à la révélation. Imaginez vous donc, chers amateurs de cafouillages lumineux et de prise de pied dans les tapis volants avec atterrissage moelleux, que la merveilleuse attachée de presse qui s'occupe de mon disque (Yasmine Belayel, dont je ne parle pas assez souvent ici, mais qui a travaillé d'arrache pied, je dis ça littéralement parce qu' au coeur de la promo de l'album elle avait un genou pété mais qu'elle se promenait quand même avec moi dans toutes les radios, pour faire entendre et exister cet album, si lumineusement que si je filais toujours ma métaphore circassienne de tout à l'heure je passerais direct en mode évocation du cirque du soleil), cette attachée de presse travaille aussi pour Amélie les Crayons (coucou Amélie!) qui a sorti également un album il y a quelques semaines. Mon album s'appelant Mille Bouches et celui d'Amélie, Mille Ponts, j'attendais en me pourléchant les babines le moment ou l'automobile d'un truc prévu et surprévu se tromperait de sortie et prendrait les Bouches pour des Ponts ou vice versa.

Eh bien ! Cher Amateur de cafouillages obscurs et de prise de pieds dans les tapis volants ! Oui ! tu vis cet instant en direct ! peut-être même si tu écoutais as tu ENTENDU cet instant en direct ! La rentrée faisant qu'on jongle tous avec encore plus d'oeufs que d'habitude, avec des mains qu'on avait pourtant bien promis de garder au moins la plupart du temps sur le volant, eh bien.. mais OUI ! on ne sait plus bien dans cette affaire qui a appuyé sur la pédale de frein de qui, mais toujours est il que nous voilà, éclatant de rire sur la photo finale du toboggan aquatique du grand parc d'attraction de la vie (je cite la vie attention c'est le grand final on arrive au bout de ce feu d'artifice de communication ), sur la photo donc on rigole bien mais on a du jaune d'oeuf plein les cheveux, et ya des petits poussins partout dans le bateau qu'on pose délicatement à terre a l'arrivée pour qu'ils vivent leur vie de poussin.

Je vous ai annoncé il y a quelques secondes que je passais en direct sur radio open FM - mais c'est donc bien Amélie qu'ils espéraient interviewer et non moi. Ils visaient les Mille Ponts sur la carte et pouf, ils sont tombés dans mes bouches. Je le dis pas mais parfois j'ai un visage très grand, qui peut servir de paysage ou de carte routière.

Devant ce zeste imprévu, j'ai plissé les yeux et joyeusement poussé un petit cri aigu, j'ai dit coucou-à bientôt, depuis mes Mille Bouches, et je dis maintenant, aux petits poussins posés sur sol, que c'est très important d'apprendre à courir en zigzag : c'est comme ça qu'on échappe aux crocodiles, parait il. Ils sont plus lents dans les virages.Je le pense très fort parce que pour tout vous dire, j'ai commencé cette journée par un cauchemar assez atroce, plutôt 19,5 sur vingt en baromètre de cauchemar. On m'obligeait à plâtrer la bouche et le visage de gens que j'aimais et que je croyais morts mais qui donc mouraient véritablement sous mon plâtre, PUIS la personne qui dans mon rêve était mon époux (?) m'immobilisait pour me plâtrer à moi aussi le visage et la bouche et je mourais d'étouffement. Autant vous dire que je trouvais ça moyen sympathique comme cadeau de mariage (note à tous les prétendant.es : PAS DE PLÂTRE . MERCI).

Je suis donc rudement soulagée que cette journée ait pivoté de manière imprévue et m'ait offert l'occasion de la finir en ouvrant bien grande mes Mille Bouches, et en éclatant d'un bon gros rire bien vivant. Merci les Poussins.

PS : l'avantage avec les Zigzags, et les poussins qui vont vivre leur vie en devenant des grosses cocottes joyeuses, c'est qu'on ne sait jamais ce qui va éclore .

15 sept. 2017

SIX BRAS


TOULOUSE, LUDRES (PRÈS DE NANCY) ET LYON,
on se voit bientôt bientôt
Venez voir le concert !

20, 21, 22 Septembre - TOULOUSE - Le Bijou
6 octobre - LUDRES (54) - Centre Charcot
7octobre - LYON - Salle des Rancy


On continue de commencer tout doucement ce film en trio
l'impression de faire des premiers pas, d'apprendre à marcher
 j'espère que c'est parce qu'en fait on danse

une danse dans six bras après avoir dansé toute seule si longtemps
ça me donne un peu le vertige

Louise et JL sont merveilleux
ils m'apprennent des trucs dans la musique et dans la vie aussi
j'ai l'impression de grandir au milieu d'eux, tout le temps

comme à chaque fois que je commence un truc nouveau
je suis à la fois terrorisée et pleine de joie

mais si ya bien des gens avec qui je veux bien monter sur un fil trois fois plus haut, c'est eux

et vous
vous venez? vous me tenez avec vos yeux?

PS :
Je crois que j'aime vraiment ce qu'on a préparé comme soupe, avec toutes ces temporalités dans la marmite : le moment où les chansons ont été écrites, le moment où on les a arrangées ensemble pour l'album avec aussi d'autres gens fantastiques (coucou Beate coucou Caro coucou Seb !), le moment où on était montés sur scène ensemble pour la première fois (coucou le Chantier des Francos !) et le moment de maintenant. Environ 12 versions de nous-même à accorder. Des chansons de ya dix ans mélangées avec des trucs chantés tant de fois mais autrement, mélangés à des trucs écrits avant-hier. On a essayé de prendre tout ce qu'on aimait de partout, et de se laisser de la place aussi, pour être qui on était maintenant, qui on sera ce soir là sur la scène.

Voilà, je voulais raconter comment c'était ce début, se diriger vers ces premières dates, venir avec la soif et l'émotion de vous rencontrer dans ce nouvel habit, comme d'avoir mijoté longtemps une nouvelle recette pour vous l'offrir. J'espère que vous viendrez avec des oreilles grandes comme des assiettes et qu'on va se régaler grandement.

PPS : je finis mes métaphores alimentaires et vais me faire cuire des patates

PPPS : vraiment, venez, yaura pas deux moments comme ça. Ce tremblement du début, cette soif et ce vertige, c'est mes épices préférées. C'est comme la naissance d'un truc - plus tard on fera d'autres choses, mais il s'agira de retrouver ce vertige du début. Là, il est intégré, garanti. De l'ivresse dans un flacon-qu'importe, que quand tu bois un petit shot tu dis ouhlala ok d'accord les mecs. Je devrais vraiment me faire cuire des patates au lieu de penser que je peux faire de la communication en écrivant "oulala d'accord les mecs" mais à la place je m'applique joyeusement à faire des métaphores culinovinasses, et vous invite donc, Toulouse, Ludres-près-de-Nancy, Lyon, et plein d'autres villes qui vont suivre et que j'annoncerai bientôt, à goûter ce nouvel élixir maison à base de trucs volés, de poèmes dits comme des formules magiques, de lumières, d'eau qui goutte du toit, et bien-sûr, comme dans toute recette de rebouteux, d'amour.

6 sept. 2017

Je suis en retard parce que je voudrais des jambes de lumière

Donc comme j'étais très, très en retard dans à peu près tout
j'ai soudain décidé d'écrire un très long truc sur l'amour, la fatigue, les éléphants, mes poètes préférés, les coulisses, et le fait d'être très, très en retard
ce qui n'a pas du tout arrangé mon problème



(et le texte du poème est ici : cliclic )

5 sept. 2017

Je suis en retard parce que je voudrais des jambes de lumière (Une plaidoirie contre l'usage du temps et pour le rétablissement de la fiction et de la poésie comme langage premier )


Je sais que les années lumières c'est de l'espace
mais je me sens en retard de toute une galaxie
peut-être c'est ça qu'il faudrait, me déplacer
un pas de côté comme dans l'an 01
il me faudrait une année lumière de côté
comme ça je verrai mieux

je me déplace dans un monde d'encre et de papier
depuis petite il me parait plus logique que l'autre
quand je veux être polie je dis "complémentaire" à l'autre
mais en réalité je le trouve bien plus beau et plus crédible
la preuve, je dis "l'autre" pour dire celui de la réalité
pour moi le premier
c'est celui du livre, toujours

la première chose qui m'a paru faire sens dans ma vie c'est un poème
je me souviens en vrac de Yeats de Soupault et d'Eluard et de Prévert
sur les livres d'école
sais plus lequel en premier
je me souviens être arrêtée net sur la page de l'éléphant
comme si j'avais buté dessus
et la première occurence de plus rien écouter autour m'en foutre complètement
parce que j'avais sous les yeux un truc plus vrai que le reste
la liberté le nom écrit partout, les rêves qu'on pouvait offrir en tapis, la terre orange,
et puis ça, Soupault, à gauche Georgia et son nom répété, je ne dors pas Georgia, je t'attends
(moi je ne dormais pas non plus, la nuit, mais je ne savais pas encore ce que c'était
d'attendre )
et à droite
une citation
je déteste ça pourtant qu'on coupe un bout de texte comme un orteil dans du formol
beurk
mais pourtant ça m'avait attrapée
un orteil muni d'un pouce préhensile, probablement
c'était "je t'aime comme on aime un éléphant"
aujourd'hui encore c'est une phrase qui me fiche par terre
je savais pas ce que c'était l'amour romantique mais je savais que je trouvais les discours autour de moi pas logiques
et ça au moins c'était logique
je pouvais pas expliquer pourquoi c'était vrai mais c'était vrai
ça c'est mis à scintiller comme dans ce livre bizarre que j'avais piqué à ma soeur
ou tout était en noir et blanc et où un jour, quelqu'un, voyait une couleur
la poésie ça m'a fait ça
la première
couleur du monde

aujourd'hui j'y repense
mon cerveau en forme de milkshake
mes yeux en amande sans personne pour les manger
tout mon visage un petit déjeuner laissé sur la table
cette fois je n'ai pas dormi à cause de trop de gens attendus sans doute
sais plus si c'est les uns après les autres ou tous en même temps
en tout cas finalement ça s'empile et patatras


petite j'avais un secret
un secret d'amour
il me fait rire, il est si étrange, c'est un secret d'enfant
je ne vous le dirai pas

j'y pense souvent, quand je pense à ma manière d'aimer
je pense que je ne sais pas aimer, c'est vrai
sinon je n'en parlerai pas autant
je pense que je fais naitre des petites marionnettes d'espoir comme sur le théâtre du loup
celui d'Herman Hesse
pour m'occuper et comprendre la magie du monde
et que je regarde au bout de mes mains mes personnages se fatiguer
en me disant que ce n'est pas moi qui suis triste
ce sont mes marionnettes d'espoir
elles qui font le geste du poème de Gaston Miron
et qui s'asseoient par terre par pitié d'elles-mêmes
c'est bien pratique ces petites marionnettes
quand on me demande comment je vais
finalement je ne sais pas
je réponds en parlant des marionnettes
quand à moi
avec mon secret d'enfant
je ne réponds jamais
je me cache derrière le rideau


je suis en retard de toute une galaxie
voilà
la véritable chose
que je voulais dire
pas seulement sur le temps
mais sur l'amour

je ne peux pas dire ça autrement

je suis en retard de toute une galaxie
mon visage est un petit déjeuner posé sur la table
j'ai un secret d'enfant que je ne dirai pas
j'ai une soif qui bloque ma respiration
mon espoir est fabriqué à la main avec du scotch
comme le fou qui ne se promène sur l'échiquier qu'en L
mon espoir agité trace dans la nuit les mots que je ne peux pas dire
au bout d'un moment épuisé de ne jamais revenir au centre il s'assoit
en attendant un roi ou une reine pour se faire prendre


je n'ai pas pleuré depuis tellement longtemps
au début je ne pleurais devant personne maintenant je ne pleure plus non plus devant moi-même
si je postais toutes les lettres que j'ai voulu envoyer sans pouvoir le faire
ça ferait un embouteillage monstrueux dans la boîte auxlettres
mais ça serait aussi probablement une superbe performance
je pense que je peux toutes les retrouver
toutes les lettres depuis que je suis petite

je voudrais aller voir tous les gens dont j'étais amoureuse
et leur mettre deux claques à chacun
pour avoir laissé mon cadeau pourrir sur la table
chaque fois
j'ai débarrassé sans rien dire

et maintenant je suis fatiguée de jouer à la dinette
jamais été mon truc les tabliers à froufrous
je voulais juste avoir une conversation
je n'ai jamais compris ce jeu

mais je parle
encore
aux marionnettes
visages de bois et d'allumettes peintes
rafistolées au scotch
derrière le rideau

voilà aujourd'hui ce que je peux dire
je suis en retard de toute une galaxie
je me noie dans un poème de Gaston Miron
tous les jours j'écris des lettres que je n'envoie pas
je ne sais plus qui je serais si j'étais toutes les personnes que je devrais être

je continue de trouver que les poèmes ont plus de sens que la vie
parfois je me dis que je peux trouver quelqu'un à qui parler
j'ai écrit une chanson sur ça
après la chanson
je me suis rendue compte
que c'était encore un moyen
de continuer une conversation avec une chaise

j'ai l'impression que la vie c'est se promener avec une bougie à la main
ma chanson s'appelle prendre feu
fuir ou prendre feu
en général
je fais les deux
en même temps

voilà pourquoi
mesdames et messieurs les jurés
je trouve que je suis fortement éligible au pourvoiement de jambes de lumière
j'aurais tant de choses à dire sur mes jambes
si vous saviez tout ce qui leur est arrivé
mais si j'avais des jambes de lumière
des jambes qui mangent les galaxies 4 à 4
des jambes d'aucun lieu
je pourrais me rattraper moi-même
je pourrais mettre une main
sur mon épaule
me voir me retourner
baisser lentement le livre devant ma figure
et me regarder dans les yeux
une bonne fois
pour toutes

sans rideau, sans livre, sans rien
sans marionnettes
sans poèmes volés
sans espoir

si je regarde autour de moi
je vois des choses cachées partout
je ne comprends pas comment je ne suis pas plus transparente
quand les gens marchent j'ai l'impression qu'ils marchent à travers moi
je sens le soleil se lever et se coucher contre ma peau
je me sens géante les deux mains sur ma bouche

vous comprenez
chers Jurés
pourquoi ce serait bien
avec des jambes de lumières
de pouvoir
me rattraper
rattraper la marche du monde
au lieu de faire mes devoirs du siècle dernier

je voudrais dormir d'un grand sommeil
je voudrais être un volcan
et par dessus tout

je voudrais des jambes de lumière
je marcherais sur la ville
je mangerais le monde en une bouchée
je serais de l'autre côté des choses
de l'autre côté de la page
dans le livre

à côté du mot "éléphant"

je ne m'aperçois pas du temps qui passe
mais je vois bien que les enfants grandissent
j'ai voulu dessiner mes mains et j'ai vu des plis que je ne connaissais pas
les tremblements ne m'ont jamais alertée j'ai toujours tremblé toujours
je dis ça au cahier faute de pouvoir dire ça tout court
mais je sais que je me dis aussi
au moins le cahier ne se réveillera pas froid dans un cadavre
comme mon secret dans une oreille
quand je suis fatiguée je pense à des choses terribles
mais je fais semblant plus facilement

je pense que dans ma tête il y a l'équivalent du tour de france
des connards sur des vélos qui s'arrêtent jamais
toute une machinerie mais qui a pas le wifi
qui a que des pieds sur des pédales

et c'est ça mon rapport au temps
penser à la mort chaque fois que je pense à la vie
je ne peux pas entendre "toujours"
sans entendre "quelqu'un avec qui je voudrais bien mourir"
sans entendre "quelqu'un avec qui je préfère
me réveiller un matin auprès d'un cadavre froid
et avoir vécu cent mille petit déjeuners
plutôt que de continuer à dessiner les petits déjeuners
radieusement et tristement à la fois
sans personne à qui montrer comme c'est ressemblant"

c'est difficile de savoir ce qu'on veut vraiment je trouve
difficile de trouver un pays
où on a l'impression d'avoir une bougie à l'intérieur
je crois que ça fait ça
quand on est amoureux
comme des couleurs
comme la poésie
comme une bougie allumée
un visage mille fois servi sur la table et mille fois dévoré
des jambes de lumière pour aller partout

un espoir jamais fatigué

et des rires échangés
derrière le rideau

1 sept. 2017

TOULOUSE les 20, 21, 22 Septembre



WAOU Toulouse, je reviens te voir avec un nouveau concert !
le 20, 21, 22 Septembre, au Bijou.

merci Hexagone d'avoir sélectionné ça dans les spectacles à voir en septembre ! 

crédit photo : David Desreumaux
 (cliclic sur la photo pour aller sur le site ) 

Alors maintenant la SEULE CHOSE À FAIRE c'est comme dans TELEPHONE SECRET t'appelles tous tes potes et tu leur donnes rdv au Bijou.

Voilà merci les références pré-adolescentes des années 90, merci HEXAGONE, merci la vie.

(attention en ce moment contrairement à la photo j'ai les cheveux violets et pour être honnête moi même je n'ai aucune idée d'où j'en serai au niveau de la colorimétrie capillaire à la fin du mois. TOUT EST POSSIBLE. VIENS VOIR MES CHEVEUX enfin viens voir le concert aussi hein on sera trois et on a mis plein d'amour et toutes les chansons de l'album enfin viens pour ce que tu veux mais viens d'accord, j'ai passé tout mon été à dessiner des personnages imaginaires je veux voir des vrais gens au secours merci bisous)




30 août 2017

LA REINE DES RÈGLES


Je me tenais le ventre
j'essayais de me souvenir de ce qu'avait dit j'avais-oublié-qui
à propos des règles qui faisaient de nous une personne
encore plus magique que d'habitude
aie aie aie
faisait ma magie

mais je me souvenais
que chaque fois c'était un moment important
un moment plus particulier que les autres
chaque fois pour un défi, une rencontre, un passage
un bouleversement

et même si j'avais envie de hurler à l'injustice
pas du tout le moment d'être faible grognon douloureuse
pas le moment de clignoter en rouge comme un feu-piéton cassé
je dois bien reconnaitre depuis quelques cycles
comme la douleur est synchronisée à l'arrivée des évidences

depuis c'est comme si quelque chose s'était ouvert
et je remarque des choses que je ne voyais pas avant
des odeurs des routes des
messages
captables seulement à ce moment du mois

je me tiens le ventre en sachant tout ça
je mets ma
robe rouge qui flotte au vent
robe de soirée de velours robe de reine

je me promène dans la ville interloquée
je sens le vent dans mes cheveux
je sens toutes les odeurs et toutes les choses qui vont arriver

je suis la Reine des Règles

25 août 2017

DE L'AUTRE CÔTÉ DU TUNNEL (un poème d'amour pour Brighton)

Un nouvelle vidéo

à propos d'un tunnel, de pintes de cidres,
d'une robe à paillettes, de mains qui s'ouvrent,
d'une amoureuse à rejoindre sur la rive, et d'une petite cuillère


15 août 2017

MERCI FÉRON !




Merci Féron,
 ta tarte au sucre, ton maroilles, ta statue de violoniste, ta grange aux grandes poutres de bois, aux guirlandes dégoulinantes, tes rangées de spectateurs sages, tes histoires sur comment transformer le brie en camembert et le camembert en brie, ta rue Heureuse, et ton gîte où dormir dans les lits les plus profonds du monde;

 C'était un si beau début de tournée, on avait poli la setlist comme un galet ou plutôt comme un noyau, quelque chose à faire nettoyer par les vers et les fourmis jusqu'à ça soit rond et propre, avant que ça ne se mette à pousser dans tous les sens,

 JL et Louise faisaient des blagues dans les loges, et plus l'heure approchait, plus les blagues s'intensifiaient, et plus moi je me taisais, ma concentration me rendant de plus en plus muette et les rendant, eux, de plus en plus chatouilleux. On devait être une drôle d'équipe à voir. Quand Vincent, des lumières, est venu nous chercher pour le concert, Louise faisait des grimaces dans la douches, JL se tenait les côtes sur sa chaise, et moi j'avais les yeux fermés et les oreilles bouchées, essayant d'être complètement là en passant par complètement ailleurs. Allez savoir pourquoi ce détour est toujours mon raccourci préféré.

 On a joué tout l'album, certaines des chansons jamais jouées sur scène, on a tout mélangé, des chansons, des poèmes trapézistes qui passaient d'un titre à l'autre, des strophes venues d'ailleurs, les 4H de sommeil de Louise qui remontait tout juste de Musicalarue, Laurent au son qui plongeait dans cette première avec nous comme dans un baptème du feu, le sourire farceur de JL qui faisait des clins d'oeils à la photographe, et moi dans ma combinaison de peintre qui bougeait les bras comme si je voulais m'envoler.

C'est passé si vite que je me suis demandée si on avait joué assez longtemps, moi qui suis habituée aux concerts à tiroirs, aux setlists cabalistiques avec flèches, parenthèses et rallonges. Après ça j'ai dessiné dans des albums en racontant tout ce qui me passait par la tête, écouté de nouvelles histoires d'amour, de hasard, et de ukulélé, et puis on a fêté ça dignement - DJ Alex passait dans la grange un mélange de tubes des années 90 et de trucs allemands underground, et j'ai des visions assez floues de notre power trio en train de faire du pole dance sur les piliers de bois ou des enchainements audacieux dans des jeux chorégraphiques qui s'inventaient avec la complicité enhardie de quelques habitants plus couche-tard que les autres, et dont la moitié des mouvements consistait à s'écrouler de rire par terre.

 On a filé dormir quelques heures, on s'est réveillés sans migraine, on a pris des photos de Boysband devant le bar du coin, on s'est raconté des histoires d'enfants imaginaires devant les tartines de confitures, on a inventé des tubes idiots dans la voiture, et je suis rentrée à Paris retrouver le chat et la Bande Dessinée, qui m'attendaient, tous les deux, bien sages.
Sauf que la BD n'avait pas mangé tous mes M&Ms

 BISOUS FÉRON ET MERCI TELLEMENT !!










10 août 2017

UN MOMENT POUR BARBARA / TERRE D'OUBLI


Le festival m'avait appelée pour venir jouer
jouer parce qu'ils étaient bouleversés et qu'ils avaient réfléchi
qu'il fallait de la musique, que pour Barbara, c'était ce qui était juste,
surtout pas d'absence de la musique
expliqué qu'elle devait jouer, qu'elle n'était plus là, est ce que je pouvais venir
pour qu'il y ait de la musique quand même,
qu'ils avaient pensé qu'il fallait de la musique quand même.
j'avais dit oui.

On réfléchissait à faire ou dire quelque chose
on m'avait demandé de venir chanter et c'était une place particulière
venir mettre de la musique parce qu'il n'y en avait plus
ça disait l'absence
mes notes dans un endroit d'absence de notes

alors on cherchait ce qui sonnait juste - des mots ou du silence, quelque chose

là bas, j'étais toute seule les premières heures,
j'ai trainé dans la ville, marché jusqu'au lac
et puis je suis revenue dans la ville, près de la scène
il y avait une très vieille église, juste à côté
je suis entrée à l'intérieur
elle était très belle et très sombre
il y a des lieux de culte où je me sens très mal, pas bienvenue
là, ce n'était pas comme ça

alors j'ai proposé de chanter quelque chose
dans la vieille église, avant les concerts
un moment pour Barbara
un moment pour traverser
un moment pour le chagrin
pour ensuite écouter les concerts ou chanter sur la scène sans forcément parler du chagrin mais en ayant traversé ça
un moment pour que ce soit l'inverse d'être là à la place de quelqu'un
pour dire la place de quelqu'un
pour dire sa place, et son nom, Barbara.

Terre d'Oubli c'est un chant
un chant inventé, un chant venu tout seul
un chant comme une cérémonie et comme un cadeau
pour les morts et ce qui reste des morts dans les vivants
et pour les vivants qui vont mourir aussi, mettre le chant à l'intérieur d'eux,
pour plus tard

c'est beaucoup de choses à la fois que je ne sais pas très bien dire.

ce jour là c'était chanter pour Barbara
Barbara Weldens son nom dans nos têtes et sur les affiches
son grand sourire et son cri dans les programmes
moi je ne la connaissais pas on ne s'était pas rencontrées, j'allais dire pas encore.
chanter pour elle et pour ceux qui la connaissaient
et chanter pour dire la mort qui est venue
le dire, oui

j'avais gardé la même tenue colorée et légère que pour la scène
parce que tout le monde parlait de la joie et de la tornade de Barbara
alors je ne voulais pas me déguiser autrement - je suis restée comme ça, avec les fleurs, avec tout

On avait coupé la musique de l'église mais on entendait un concert au loin
une trentaine de personnes étaient assises dans le noir

j'avais cette chanson de deuil dans les mains
cette chanson pour les morts
j'ai expliqué un peu, je n'avais rien pu préparer, j'ai bafouillé
j'ai expliqué que j'allais chanter et puis me taire
j'aurais aimé dire des choses plus justes, avec encore moins de mots.
mais finalement la seule chose que je voulais dire c'était ce qu'il y avait dans la chanson
c'était ce qui était dit avec cet endroit très ancien
avec les gens dans le noir rassemblés
et ce moment voilà rien que pour dire ça pour penser à ça
pour peut-être même pas penser, pas traverser non plus mais
être avec cette chose là, la mort de Barbara.

j'ai chanté

ensuite je me souviens de gens que je ne connaissais pas,
ils étaient dans mes bras et ils pleuraient
quand tout le monde est parti
j'ai allumé une bougie
et j'ai mis l'argent de la bougie dans le tronc des fleurs
seulement toute seule dans l'église j'ai pleuré moi aussi

c'était la chanson et ces gestes là
tout ce que je pouvais dire

2 août 2017

COMMENT JOUER RAINBOW ZONE


si toi aussi tu as un ukulélé,
les pieds dans une piscine
et l'envie irrépressible de chanter à propos de science météorologique

voilà les accords, les paroles et la traduction de Rainbow Zone:














RAINBOW ZONE

The sky was cristal-clear
and so was still your voice in my ears
and i missed it
so i sent a present
it was a minute of sounds and a minute of silence
hope you liked it

i think i'm in the rainbow-zone
it's half sunny and one third a storm
and for the rest that's left, well i have no idea
but i'll figure it out later eventually

i wish you'd send me something too
so i would know what that means for you
am i the most annoying person
if i'm waiting for your name to shake my telephone

maybe you're in the rainbow-zone
half sunny and one third a storm
and for the rest that's left well i have no idea
but that's ok maybe later you'll tell me

do you like songs with the word "raincoat"
i know three, can you think of more
i really liked those strange conversations
in the night with a lot of bourbon

we could be in the rainbow zone
half sunny and one third a storm
and for the rest that's left well i have no idea
but we can figure it out later eventually

and i'm just trying to be true
it takes some time, is that ok for you?
i used to rush in everything
without even knowing what i was feeling

but now i like it in the rainbow zone
half sunny and one third a storm
and for the rest that's left well i have no idea
but we can be more than one colour maybe
it hurts so fast and mend so slowly
and i don't know how this song does finish
really i do have no idea
i'll just finish slowly slowly
i'll just finish playing slowly


///


La Chanson de la Zone Arc-en-ciel

Le ciel était clair comme du cristal
et ta voix dans ma tête aussi
elle me manquait
alors je t'ai envoyé un cadeau
c'était une minute de silence et une minute de mots
j'espère que ça t'a plu

je crois que je suis dans la zone arc en ciel
moitié ensoleillé, un tiers la tempête
et pour le bout qui reste
j'en sais rien du tout
je comprendrai plus tard, si ça se trouve

j'aimerais que tu m'envoies quelque chose aussi
comme ça je saurai ce que tout ça veut dire pour toi
est-ce que je suis la personne la plus relou du monde
si j'attends que ton nom secoue mon téléphone?

mais peut-être que tu es dans la zone arc en ciel
moitié soleil, un tiers tempête
et le bout qui reste
on n'en sait rien du tout
mais ça va, tu m'expliqueras plus tard, peut-être

est ce que tu aimes les chansons avec le mot "imperméable"?
j'en connais trois, et toi, tu peux en trouver combien?
J'aimais vraiment ces conversations étranges
tard dans la nuit avec un verre de whisky

On pourrait rester dans la zone arc en ciel
moitié soleil, un tiers tempête
et pour la partie qui reste
eh ben aucune idée
mais on comprendra tout ça plus tard, si ça se trouve

j'essaye juste d'être sincère
ça prend du temps, est ce que ça te va aussi?
Avant je me jetais dans n'importe quoi
avant même de savoir ce que je ressentais

mais maintenant j'aime bien la zone arc en ciel
moitié soleil, un tiers tempête
et ce qui reste, ben,
on n' en a aucune idée
mais c'est ok, on peut comprendre les choses plus tard,
on a le droit d'être de plusieurs couleurs à la fois
et puis les choses font mal si vite et se réparent si lentement
aucune idée de comment cette chanson se termine
non mais c'est vrai, j'en ai aucune idée
je vais juste m'arrêter de jouer doucement
je vais juste m'arrêter de jouer... doucement.

RAINBOW ZONE


c'était il y a quelques mois déjà, pour un concert en appartement près de Bordeaux
il y avait un ukulélé et une piscine
et en attendant le concert
je passais joyeusement tout mon temps sur ce petit instrument les pieds dans l'eau
je ne savais pas en jouer du tout mais j'aimais bien quand même

je me sentais je-ne-savais-pas-comment
un peu soleil un peu tempête et un peu aucune-idée
j'avais eu une longue conversation avec une amie
qui m'avait dit "tu sais, c'est ok de ne pas du tout savoir ce qu'on ressent"
alors je chantais sur ma météo intérieure incompréhensible
en rêvassant avec le ukulélé

Fany, qui était dans les parages, avait filmé ma chanson naissante
et mes pieds dans l'eau
je gardais cette vidéo comme un petit souvenir de vacances avant l'heure
une carte postale d'un moment où il faisait froid à Paris
et où moi j'étais les pieds dans une piscine dans le sud
où on m'avait prêté un ukulélé
dont je ne savais pas jouer du tout
mais heureusement le ukulélé savait jouer de lui-même
donc on s'arrangeait

et puis hier soir j'ai eu une longue conversation avec la même amie
elle me disait qu'elle se sentait
un peu soleil, un peu tempête, et un peu aucune-idée
alors je lui ai rappelé ses mots rassurants et la conversation d'il y a quelques mois
et ce matin je lui ai envoyé la vidéo de la chanson née grâce à elle
qui s'appelle "Rainbow Zone"
qui parle de cette zone où il peut y avoir des arcs en ciel
justement parce qu'il y a un tiers de soleil
un tiers de pluie
et le reste on sait pas du tout ce que c'est

en lui envoyant
je me suis dit que si ça se trouve vous aussi
vous vous sentiez parfois comme ça
et que j'allais aussi vous envoyer
cette drôle de petite carte postale
pas du tout à l'heure selon la poste
mais parfaitement selon ma propre temporalité
où le bon moment peut être des mois et des mois plus tard
où le lait déborde toujours, toujours, de la casserole
et où les montres sont arrêtées et donc exactement à l'heure deux fois dans la journée
le reste du temps elles sont à la fois en retard et en avance
temporalité de lapin blanc aux cheveux violets
(ils changent de couleur - ils sont violets aujourd'hui)

enfin voilà donc une carte postale
qui a tout l'air d'avoir été enregistrée ce matin
c'est faux mais c'est parfait
c'est une carte postale vivante mouvante pixelisée
d'une chanson pas finie
sur un instrument dont je ne sais pas jouer
à propos de pas savoir ce qu'on ressent

parfait oui