25 août 2016

LES PROCHAINES DATES !!



08.10.16 RUMILLY (74) / Quai des Arts (première partie Christian Olivier)
09.10.16 MEYTHET (74) / Artootem, L’isle aux brumes, Festival Attention de les feuilles !
05.11.16 TREBEURDEN (22) / Le Sémaphore
18.11.16 YVERDON-LES-BAINS (CH) / L’Echandole
19.11.16 BIEL SUR BIENNE (CH) / Théâtre de Poche
24.11.16 VILLENEUVE SUR LOT (47) / Théâtre Georges Leygues
26.11.16 ILE D’YEU (85) / Le Casino, Festival des Berniques en Folie
30.11.16 SAINT MARTIN D’HERES (38) / Espace culturel René Proby, Mois de la Chanson
01.12.16 LA TRONCHE (38) / Clinique du Grésivaudan, Mois de la Chanson
03.12.16 PORNICHET (44) / Quai des Arts
09.12.16 LA GARDE (83) / Le Rocher
13.01.17 MUZILLAC (56) / Centre Culturel le Vieux Couvent (première partie de Ben Mazué)
14.01.17 FIGEAC (46) / Centre Culturel de Figeac (première partie Christian Olivier)
09.02.17 GAUCHY (02) / Maison de la Culture et des Loisirs
10.02.17 CAUDRY (59) / Théâtre
11.02.17 TOURCOING (59) / MJC La Fabrique
03.03.17 LE MAY SUR EVRE (49) / Espace Culturel Leopold Sedar Senghor
17.03.17 BEAUCOUZÉ (49) / Maison de la Culture de Beaucouzé
18.03.17 LANESTER (56) / Espace Jean Vilar
19.03.17 CHATEAUBRIANT (44) / Théâtre de Verre
24.03.17 NOUAILLÉ MAUPERTUIS (86) / Salle de la Passerelle
30.03.17 LANGOGNE (48) / Filature des Calquières
15.04.17 SENAS (13) / Théâtre de l’Eden

(crédit photo : Chantal Bou-Hanna)

18 août 2016

IL M'PLAIT PAS + MADMOIZELLE.COM


Voici une version acoustique d'Il m'plait pas, que je suis superfière d'avoir enregistrée avec madmoiZelle.com, pour leurs sessions de l'été ! C'était au Pavillon des Canaux, il faisait bon il faisait chaud, j'étais timide mais j'ai presque pas mis la tête dans mon sac, et maintenant je suis hyper heureuse de vous présenter cette petite vidéo !

COUCOU J'AI LES CHEVEUX ARC EN CIEL





3 août 2016

COMMENT JE ME SUIS MARIÉE AVEC MILLE BOUCHES


    C'était la nuit et j'allais partir aux Francos le lendemain matin, et je me réveillais sans cesse, avec des idées soudaines, farfelues ou des morceaux de rêves effilochés qui me couraient entre les doigts, et au milieu de cet enchevêtrement de réel et de dimensions floues, je m'étais souvenue de cette urgence oubliée: la robe !
Il fallait que je me lève, que j'appelle, et qu'on trouve la robe.. Mais non.. c'était le milieu de la nuit.. Il fallait essayer de dormir ou dessiner jusqu'au matin, mais surtout ne pas oublier alors, quand il ferait jour.. la robe.. oui, ce serait beau..

    C'est que je pensais à ce concert dans la Chapelle qui approchait, je dis je pensais mais c'est faux, je palpitais toute entière de ça, je me retournais là dedans comme on espère un rendez-vous, quand on essaye de chasser les images de sa tête pour ne pas déjà appesantir le moment, pour entrer dedans neuve, pour n'avoir pas encore trop écrit dessus. Mais à chaque instant, quand je n'y prenais pas garde, ça me revenait dans la tête, un concert dans la Chapelle..  Ca surgissait et je me relevais de joie dans mon lit, et alors je pensais aussi au dernier jour du festival où on jouerait au théâtre Verdières, et je pensais que dès le lendemain, à peine sortie du train j'allais courir me faufiler parmi les fauteuils pour encourager les copains qui y jouaient, pour vibrer avec eux, mais aussi pour espionner l'odeur du théâtre, prendre les mesures de ma danse à venir.
    Mais le premier concert, ce serait la Chapelle, le troisième jour, et je remuais tout ça dans ma tête avant de replonger dans le sommeil.

    C'est le chantier des Francos qui avait mis l'idée sur la piste, et elle avait petit à petit fait son travail d'idée, trottinant dans ma tête avec tout le zèle désinvolte d'une écuyère lâchant les brides, pour visiter, gracieuse et extatique, tous les recoins du cirque de ma tête.
    L'idée, c'était que dans le cadre des Francofolies, on ferait un petit showcase, presque secret, avec quelques spectateurs, dans un endroit spécial, et qu'on en profiterait pour filmer une chanson, une chanson qui répondrait particulièrement au lieu.
    Ils m'ont envoyé une liste d'endroits. Ils m'ont demandé si je voulais le faire. J'ai répondu par tout un bouquet de merci et un mail plus long que moi-même. Evidemment que je voulais le faire, et chaque endroit me donnait envie d'une chanson différente. Je voulais jouer partout.

    Mais si ça ne devait être qu'une seule chanson, qu'un seul endroit.. Alors, oui, j'étais sûre, c'était MILLE BOUCHES, et c'était la petite chapelle magnifique, cette chapelle où il n'y avait jamais eu de concerts, et je trépignais à l'idée de faire cette chanson d'amour débordante, dévorante, d'amour qui jaillit de partout, qui ne peut pas s'arrêter, qui demande trop, et exactement ce qu'il faut, oui, de la faire dans cet endroit là, dans la chapelle, et même, même, je réfléchissais en écrivant, peut-être même alors de la faire avec une robe blanche, pourquoi pas, oui, ce serait beau..
    J'avais dit ça, et puis j'avais oublié, occupée par les préparatifs de déplacements, la valise, les instruments à préparer, les échos des notes à dérouler, par la nouvelle maison à apprivoiser, et les nouvelles chansons qui me sortaient des doigts.
    Jusqu'à cette nuit là donc, juste avant de partir à la Rochelle, au milieu des petits sommeils sans cesse interrompus, des images hallucinantes, des idées soudaines, morceaux de textes, ou nouveaux T shirts à fabriquer, où ça avait ressurgi : la robe ! Et à demi réveillée j'espérais qu'avec la magie que le chantier des Francos déplie (par la force, par l'habitude, par le muscle, oui, je pense que toute l'équipe du chantier des francos fait régulièrement des haltères de magie. Pour ensuite pouvoir sans effort la porter, l'accompagner sans peine. C'est sûr.), j'ai pensé qu'avec cette magie qui trainait partout, on pouvait imaginer, on pouvait espérer trouver une robe de mariée au dernier moment, même dans la nuit, juste avant le premier jour des Francos.

     Le lendemain matin, encore ensommeillée, j'ai appelé Pauline, la styliste du chantier des Francos. J'ai demandé si elle pouvait encore trouver une robe qui soit presque comme une robe de mariée, mais qu'on ne soit pas sûrs. J'ai dit pas de choucroute hein.  J'ai dit je suis désolée il est si tard mais c'est pour le concert dans la chapelle tu comprends et jamais de ma vie je n'ai eu envie d'une robe de mariée mais là maintenant, ce serait si étrange et beau, est ce que tu crois que tu peux trouver ça? Pauline a dit qu'elle allait essayer. J'ai couru jusqu'au train et je faisais des pirouettes mentales de joie toutes les deux minutes.


    Le matin du vendredi, le jour du concert dans la chapelle, on s'est retrouvés avec Louise et JL, pour répéter et choisir les morceaux qui résonneraient le mieux. Il fallait jouer vingt minutes, peut-être trente.
    Moi malgré la joie folle d'être sur place, et le tourbillon des rencontres, la fièvre de toutes ces musiques mêlées, j'avais depuis quelques jours  un chagrin idiot, pas vraiment d'amour, mais disons, d'amertume, voilà, comme si l'intérieur de mon ventre était devenu une orange, un drôle de fruit vivant, à la pesanteur titubante, tombant tantôt dans le sucré, tantôt dans l'amer, dégoulinant partout, et depuis la veille déjà ça se demandait bien comment faire pour pousser et devenir un arbre plutôt que rester là à être une orange pourrie, idiote. Je disais, le secret, c'est d'aller dans la terre, c'est d'accepter de mourir complètement et de s'ouvrir et de devenir autre chose. Ca ne voulait rien écouter. Louise et JL se resserraient autour de moi et acceptaient avec une grâce dont je ne reviens pas mes détours et des méandres.
    Et puis la veille dans la nuit on avait appris pour l'horreur de Nice et tout était devenu sombre et on s'était réveillés en sanglots. Je ne savais plus comment espérer.

    Mais aujourd'hui il y avait ce cadeau là, le concert dans la chapelle, alors on s'était levés quand même, et retrouvés dans les studios de la Sirène. Et avant de se mettre à répéter je leur avais joué une nouvelle chanson amère qui m'était venue, une chanson de chagrin, de désir, de morsures dans la nuit, pour revenir à eux, comme si j'étais égarée au large du mauvais océan, oui pour reprendre le goût de la musique dans ma bouche, et ça avait marché, l'orange s'était tue et était redevenue un ventre, et j'avais pu les rejoindre, être là avec eux au lieu d'être au loin dans rien du tout,  et tout s'était un peu ouvert, éclairé. On n'avait pas encore vu la chapelle, mais on imaginait chaque morceau à l'intérieur, on se demandait ce qui résonnerait le mieux. On avait envie de jouer longtemps.

    Quand l'heure est venue, on s'est garés et on a poussé la porte. Il n'y avait personne.
C'était magnifique.  


    On a choisi où on s'installerait, on a écouté comment sonnaient les instruments. On étaient si lourds des nouvelles surgies dans la nuit, mais on savait qu'on jouerait pour ça aussi, on avait choisi les chansons, on ne ferait pas semblant.
    L'équipe de Bleu Moustache, qui filmait la vidéo, étaient patiente et nous regardait prendre la température, tâter et renifler partout avec nos petites antennes, pour écouter, pour décider ce qui convenait le mieux. Pauline était arrivée, radieuse, sur son vélo, avec de la dentelle blanche qui surgissait de partout, qui débordait du sac posé dans son panier.
    J'hésitais encore un peu. Il n'y avait nulle part où se changer et j'enlevais mon T-shirt pour essayer la robe, mal cachée derrière un poteau, pouffant, un peu gênée, un peu timide, d'être là à demi nue dans cette chapelle vide, d'essayer une robe de mariée dans ces conditions, et je trouvais le moment étrange et parfait.
    Bien-sûr que la robe était merveilleuse, merveilleuse parce qu'on était dans la chapelle, parce qu'on était si lourds et si pleins du besoin de jouer, et je me promenais avec étonnement et joie tout le long de l'allée de la chapelle, pieds nus dans la dentelle. Les spectateurs allaient bientôt venir, j'avais jeté mes chaussures dans un coin, fourré les affaires autre part, et on avait tourné la vidéo.
 On dépliait Mille Bouches, les petites notes de la guitare qui couraient comme de l'eau, l'accordéon, grave et étrange, et mes mots qui venaient, qui résonnaient partout, et nos visages se dépliaient, sur les images on voit ceux de JL et Louise, concentrés et apaisés et graves, et le mien change aussi, à mesure que la chanson vient.

    On a à peine joué les dernières notes, j'ai couru remettre mon vieux jean, et les spectateurs sont entrés, certains attendaient déjà derrière la porte pendant que d'autres erraient dans la ville vers la mauvaise chapelle, quelques personnes étaient entrées par hasard, d'autres avaient attendu ce moment, déjà à l'écoute de ce qui viendrait, et il y avait les patients de l'hopital juste à côté, de l'hôpital de la chapelle, certains étaient assis sans savoir à quoi s'attendre,  d'autres regardaient si intensément, comme pour ne rien oublier jamais, un ou deux s'endormaient le nez sur la chaise, et il y avait aussi ceux dont on ne pouvait pas savoir si ils étaient plus là que les autres, que personne au monde, ou si au contraire, ils étaient loin ailleurs, dans un endroit qu'on ne connaitrait jamais.
Tout ce monde là faisait un inhabituel assemblage, un solidement réel, infiniment émouvant assemblage, grave et léger et vrai et fou à la fois.

    Alors le concert de ce moment là, dans cet endroit là, il a été, comment dire, suspendu.
On jouait Mille Bouches et Au Bord, et les Sables Mouvants qui venaient de naître, et Si Demain et L'endroit qui n'existe pas, et ça résonnait si fort dans tout l'espace, et je jetais ma voix comme un filet mais au lieu de retomber elle restait là haut à résonner et tout me traversait, me guérissait, je regardais tous ces visages et ces corps devant moi et j'avançais dans les mélodies entière, toute donnée, et avant de jouer la Bergère d'Oubli, on s'est arrêtés un instant pour se demander si c'était maintenant qu'il fallait la faire, et Louise m'a dit oui, regarde, c'est maintenant, et c'était vrai, alors j'ai pensé au matin où je m'étais réveillée en sanglots avec les mots de ce poème là dans la bouche, c'est la nuit, je marche sur les toits, je prends tous les cauchemars de la ville...  et alors j'ai parlé doucement, un tout petit peu, de comment ça tanguait dedans et dehors, de la douleur de ce moment là, de ce monde là, je parlais doucement pour ne pas la réveiller, et j'ai dit voilà, on va jouer cette chanson, et doucement on l'a déployée elle aussi, la guitare de JL, la clarinette de Louise. Je marche sur les toits de la ville, je vole doucement les cauchemars, à la place, je mets l'oubli, l'oubli comme cadeau.. 

    Ensuite le concert était soudain fini et malgré les résonnances j'étais si heureuse, si heureuse  et je regardais Louise et JL à côté de moi, j'étais fière qu'ils m'accompagnent, je les voyais sourire et les gens applaudissaient, et puis  l'aumônier qui nous avait accueillis s'est levé soudain,
Il s'est levé et au milieu des applaudissements qui s'éteignaient, surpris, il a fait un discours. Il a parlé des matins où on se réveille et où on apprend des choses si dures, et puis des moments de grâce, des moments suspendus, de la musique qui nous aide à espérer, et il nous a remerciés d'être venus et d'avoir joué, et il m'a remerciée pour ces mots, pour ces chansons. C'était si beau et si inattendu, je crois qu'on a tous failli pleurer.

    Ensuite encore suspendue évidemment j'ai mis des heures à retrouver mes chaussures.

    Je pensais à tous ces gens qui s'étaient mariés là, qui s'y étaient fait enterrer, qui faisaient des prières avec des mots que je connais pas. Je cherchais mes chaussures mais je ne voyais rien, occupée par les échos de la chapelle, secouée et reconnaissante de ce concert fou, je regardais le plafond, avec toutes ces images, et j'entendais encore tous les mots retentir.

    J'avais promis que je raconterai plus, alors voilà.
    J'ai fini par enfin retrouver mes chaussures, ou bien quelqu'un me les a ramenées pendant que je tatonnais, et on est retournés au coeur du festival, plonger nos têtes dans d'autres concerts, les noms des chansons encore sur nos bras, boire d'autres mots, d'autres musiques, d'une scène à l'autre, tombant sur les transats des loges pour reprendre nos souffles, remontant dans la nuit et parlant sans fin.
  
    J'ai vu quelques images ce matin, de la vidéo, de Mille Bouches chantée là, dans la robe blanche, avec les visages concentrés, doux, de Louise et JL à côté de moi.

    Je ne peux pas dire comme j'ai hâte que vous voyiez ça. ça arrive dans quelques jours je crois.

Voilà 

à bientôt

Camille


23 juil. 2016

ANIMALE ANIMALE


J'ai loupé mon train
je m'en fous
en ce moment tout ce qui m'arrive est un détour
la semaine dernière je me suis mariée avec personne
et j'étais si heureuse de voir mes pieds dans la dentelle, dans la chapelle vide
la musique venait de mon ventre et elle était partout
je traversais un chagrin et c'était comme traverser la mer
comme renaitre
en se demandant ce qu'on pouvait bien avoir eu à foutre de l'autre côté de l'océan
à part rêver aux baleines qui surgissent et replongent
Après des nuits à tituber heureuse
de bateau en bateau dans la fumée
sous les petites lumières des guirlandes,
tous ces sourires qui voletaient autour du mien comme des papillons de nuit
je ne savais pas si je devais les chasser ou les attraper tous
ou simplement fermer les yeux, dans ce petit nuage hypnotique
Mais si je fermais les yeux je m'endormais
et les cauchemards revenaient
avec le vide et l'ennui et les questions
jusqu'à cette nuit enfin
où j'ai fermé tous les projecteurs de toutes les locomotives
et tant pis pour la beauté froide des panneaux de signalisation
buffles et déraillements signalés à l'encre noire avec des motifs simples
de toute façon c'était moi,
l'animal, endormi à la fois au volant et sur les voies
et parti en fumée, incinéré parmi le charbon de la soute
et qui criait en démarrant
oui j'ai dormi enfin comme un énorme et étrange animal
passé la nuit à m'étirer et grogner et me blottir
et je me suis levée à l'aube
paresseuse et épanouie
avec enfin l'envie de manger et de danser une danse d'ours ou de buffle
maladroite éternelle et gracieuse
comme tous les matins d'avant
comme tous les matins à venir
évidemment ce n'est pas très pratique pour faire sa valise
toutes ces mers traversées, ces souvenirs de mariage fou,
et cette danse de plantigrade
oui j'ai loupé mon train
bon
j'ai grogné
et puis j'ai ri
et puis j'ai repris ma petite danse
je m'en fous
je sais danser maintenant
je sais grogner
je sais rire
je suis mieux que toi chère locomotive à l'heure
mais il faut quand même que je m'arrête d'écrire
sinon je vais louper le suivant

22 juil. 2016

PRIX CLUB FRANCOS !

  
     Dimanche j'ai eu la joie de recevoir le prix Club Francos, avec NORD, juste avant de grimper sur scène au Théâtre Verdières.


    J'en suis d'autant plus super contente qu'avec le prix qui trône fièrement sur mon bureau, venait toute une caisse de vin et même un pied de vigne à mon nom. J'espère qu'il poussera bien fièrement et bien tordu et donnera un vin coloré, un vin qui fera faire sans trop prévenir de nombreuses et joyeuses bêtises, des flots de mots dévalés de la bouche avec démesure et des détours par tous les buissons. 

    Hâte de trinquer avec toi Nord quand le temps aura un peu passé et que plein de chansons auront encore éclos, et mûri!! et Merci infiniment le club Francos pour ce prix, pour la confiance, et pour le souvenir de cette chanson devant la mer, enveloppée par le vent et les échos d'autres rythmes, une petite parenthèse avant de plonger. 


MERCI !

21 juil. 2016

MERCI LES FRANCOS C'ÉTAIT TELLEMENT FOU !!!!!!!!!!!!


  Cette fois il me faudrait beaucoup, beaucoup trop déborder pour tout raconter, le tourbillon et les marées de cette semaine pourtant noire, et les lumières éclatées malgré tout, les rencontres folles, les sourires sur le fil, pour dire les sanglots et les fantômes hurleurs, et les danses au milieu de la foule, et les nuits de fou-rires, le babyfoot endiablé sous la lune, la Chapelle secrète où finalement j'ai mis cette robe de mariée, et les coeurs chavirés qui nous empêchaient de cacher quoi que ce soit. 

  C'est juste après cette tempête qu'on est arrivés au théâtre, alors on a regardé la liste du spectacle qu'on avait préparé, on a rigolé de voir cette liste si bien carrée alors que tout était renversé autour, on l'a pliée comme un petit bateau de papier et on l'a mise à l'eau, et on l'a regardée flotter un peu et sombrer enfin, avec la tentation du confort, avec la douleur des espoirs alourdis, assommés, avec tout ce qui ne pouvait plus servir. 


  C'est comme ça qu'on est entrés sur la scène du théâtre et qu'à la place on a joué tout ce qu'on portait, Louise et JL à côté de moi en bergers de ce fleuve animal qui serpentait maintenant entre les pierres, et tout avait l'air suspendu, et j'ai chanté ces sables mouvants qui venaient de naitre, la Donneuse d'Oubli revenue, avec ses yeux qui ne se reposent pas, avec ses mains qui bougent plus vite que le chagrin, j'ai chanté les traversées, j'ai chanté les Mille Bouches appelées et la terre qui germait, et j'ai chanté la Louve et couru avec elle, loin, loin, comme grimpée moi aussi sur sa fourrure, nous irons vite-vite, nous ne reviendrons pas.


  C'était un tourbillon, je ne peux pas tout raconter, et puis j'en suis encore remplie à ras bord, je ne peux pas trier, j'ai des phrases qui sortent mais c'est tout un fleuve, c'est trop agité, ça porte trop de choses, et toutes parlent en même temps. 


  Alors, simplement, merci encore, merci, les Francofolies, tu portes bien ton nom, dis donc.
Je m'en suis pas remise encore, de ton cadeau, d'être là toute vivante sur cette scène avec Louise et JL et vous devant, et je veux pas m'en remettre, du tout. Je vais juste laisser ce fleuve se déposer un peu, se calmer à peine, et je vais revenir vous raconter, oui. 

MERCI LES FRANCOFOLIES.

30 juin 2016

Merci M, le magazine du Monde !


On se voit le 17 juillet à 15h aux Francos !



19 mai 2016

SAMEDI -PRINCESSE STARLA EN CONCERT (ou à peu près)


A SAMEDI AU FESTIVAL LES ARTS S'EMMÊLENT !
avec Holy Two et Mélodie Linhart.
c'est à Etoile sur Rhône, près de Valence. (je fais même pas de blague à thème Star Wars ni Princesse Starla sur le nom de la ville tellement je suis contente de jouer dans une ville avec un nom d'étoile)

On se voit aussi MARDI à PAROLES ET MUSIQUES À SAINT ETIENNE !

et MARDI D'APRÈS à PARIS avec le TRIO !

BISOUS.

CAMILLE -

 

16 mai 2016


Je t'en ai parlé le mois dernier, mais peut-être tu viens d'arriver, on sait pas, des fois on était en train de faire les courses à la piscine, ou on avait équitation chez le coiffeur, enfin la vie est pleine de surprises et de tâches insurmontables et trépidantes telles le marathon international du courrier administratif à cloche-pied, donc je te le redis :

CE MOIS-CI, je commence à présenter un nouveau spectacle, un spectacle où je suis PAS TOUTE SEULE sur scène, un spectacle avec plus de bras, plus d'instruments, plus de nouvelles chansons, et même plus de cheveux, même si on jouera probablement pas beaucoup de musique avec les cheveux. Quoique.

Je fais l'andouille mais je tremble d'excitation de te présenter ce nouveau spectacle qui me tient à cœur depuis si, si longtemps, et je serai tellement heureuse que tu viennes nous voir :

LE 31 MAI, aux 3 BAUDETS, à PARIS.
Ce sera un co-plateau avec Imbert-Imbert

10 mai 2016

Merci, Concarneau, Queven

      
      Eh bien, nous voilà déjà longtemps après, le soleil et la terre ont dansé la javanaise au moins dix fois, ne m'en déplaise, et moi pendant ce temps, j'ai l'impression de n'avoir fait que courir, courir autour de la salle de bal, courir après des ombres, des fantômes, en attrapant quelquefois dans ma main des impressions, réussissant à leur parler quelques secondes avant qu'elles ne s'évanouissent.
Mais je voulais te raconter les derniers concerts, Concarneau et Queven, la Bretagne offerte, sûre de ses charmes, la joie que j'ai eu à ouvrir la scène pour l'épatante Jeanne Cherhal, et sa chanson de Noxolo qui me poursuit, Noxolo la tête collée à la vitre, son amoureuse souriante, et les voisins rôdant dans l'ombre, la torche de la haine allumée. Je voulais te raconter les chansons déroulées à cœur ouvert dans cette salle si sage et si tendre, tendre comme quand on coupe la viande, tendre et animale, un peu. Je voulais te raconter la mer qui chantait aux portes de la salle, et juste avant de jouer j'avais couru dehors sous la petite pluie, et j'avais trempé mes mains dans l'eau salée pour les lécher. Je voulais te raconter ce concert, comme un long baiser. Je voulais te raconter aussi les promenades dans la ville close, la mer partout, comme si tout le monde avait pleuré pour Noxolo pendant la nuit, et le soleil qui s'en foutait royalement, étalé, premiers frissons en terrasse, promeneurs paressant dans la ville, et les bateaux qui attendaient, transis, de partir, déjà lassés du port. 

     Je voulais te raconter aussi Queven, te raconter ce concert comme une bataille traversée en ayant jeté les armes et l'armure, les yeux pleins de défi et d'une tristesse infinie, te raconter l'accueil des Arcs placés comme des bras, et tout le public ouvrant les siens dès les premières notes, dans cette grande salle, huit cent personnes qui auraient pu me tuer d'un coup, et qui m'ont laissée passer et accueillie au milieu d'eux, avec mes questions, mes drôles de créatures, ma rivière de désirs étalée comme un collier, et cette blessure, ouverte. J'avais été pleurer comme une enfant punie, quelques minutes avant d'entrer en scène, dans les énormes seins de Rose, la cuisinière étonnée de me trouver là, reniflant dans son tablier, j'aurais voulu te raconter pourquoi, et pourquoi j'ai choisi de suivre l'encre de mes bras, et d'aller comme elle briller ou couler, toutes épées jetées au sol, pour être plus légère dans la traversée, quoi qu'il arrive. Je voudrais te raconter le concert de Vianney, qui aime tant sa petite guitare avec toutes ces notes qui lui viennent et l'éclairent, et qui a reconnu tout de suite la clarté étonnante de la mienne, que je lui ai mise dans les bras avec empressement, pour lui montrer comme elle a soif de jouer, comme elle fait apparaître les plus vrais des mirages, comme dans cette nouvelle où les passants s'arrêtent dans le désert pour voir ce mirage, qui n'apparait que si on y croit, et qui dessine parmi la fumée la ville qu'on préfère, celle qui nous manque, minarets, gratte ciels, tour Effeil ou cheminées, moi je crois que si j'allais dans le désert je verrais ma guitare magique, ma guitare adorée. Je voudrais te raconter comme c'était devenu important pour moi d'ouvrir cette soirée, de poser les blessures, de croire qu'on pouvait se parler vraiment, et de dire qui j'étais, les notes et les mots enlevant les masques comme de minuscules animaux grignoteurs. Merci pour ces concerts, Queven , Concarneau, merci de m'avoir accueillie, merci pour la mer, les confidences, ce long baiser de concert qui reste collé à moi, et cette bataille qui n'était rien d'autre qu'une traversée, offerte, comme dans ces contes où le héros panique avant de comprendre que la sirène qui l'emmène ne le noie pas, mais lui montre qu'il sait respirer sous l'eau. Merci . 

7 mai 2016

MERCI LIGNIÈRES, MERCI LES BAINS DOUCHES, MERCI LE FESTIVAL L'AIR DU TEMPS !


 Je t'ai aimé énormément, avec tes ânes boudeurs et tes poulains de deux jours en veux tu avec tes yeux ronds, en voilà sur leurs jambes tremblantes et curieuses, ton manège à chevaux transformé en manège à amants ivres en deux coups de cuillères à pot de lumières , Matthieu courant partout avec son pinceau-projecteur pour que tout soit installé à temps, et puis transformé en forêt brumeuse, en banc à rendez-vous, en endroit qui n'existe pas, en fête à lampions qui restent suspendus, moqueurs, pendant que tout vacille, et même en toits, en toits de Paris blessée, regardant dans ses blessures et apercevant toutes les villes, toutes les blessures.
Merci à cette équipe à couper le souffle, et attentive au mien, à la roulotte où on avait envie de tourner un épisode de Dallas à la campagne, aux photos à se rouler dans les arbres, au soleil recouvrant tout, merci pour cette heure avec vous, incroyable, le temps se dépliant, changeant de forme et de texture à mesure que vous entriez dedans avec moi.
Juste avant, dans la roulotte, je regardais mes mains, pleines de bagues, et d'écritures, pleines d'envie de donner et de recevoir, et je me demandais si ces drôles de palmes allaient être suffisantes pour traverser l'océan de mots dont je m'approchais, je me demandais si parfois cette soif que j'avais n'était pas une noyade, et je pensais aux danses des naufragés, aux baleines qui chantent, impassibles, et si finalement, j'avais l'air de nager à mon aise c'est parce que vos yeux y mettaient assez d'eau, alors merci, Lignières, de m'avoir accueillie, moi aussi curieuse de tout et tremblante pour rien, comme ce petit poulain de deux jours, qui ne savait rien encore, et qui voulait tout approcher. Merci !

28 avr. 2016

EN AVANT VERS L'INCONNU !!!

OH MON DIEU ÇA Y EST LE FILM EST DISPONIBLE !!!

Un merci infini à François Glévarec, ainsi qu'à toute une équipe à toute épreuve, La Kraftery, Mon Pauvre Ami, Christian, Catherine, Tiphaine, Max, les parents des enfants qui chantent AU CLAIR DE LA LUNE (spoooooil) ,et tous ceux qui ont participé à ce projet un peu fou !


EN AVANT VERS L'INCONNU, Un documentaire musical avec des chansons pompettes la bouche pleine de Nougat, des captations Live de La Louve, Les Pirates, Mille Bouches, et plein d'autres , des manèges brinquebalants, des spectateurs émus, des hurlements de rats, de souris, et de scorpions, des pulls à coeurs, des toits ouvrants, des tremblements dans les coulisses, des hieroglyphes fatigués, des barbies médiators, des danses dans la voiture, et beaucoup, beaucoup de musique.

19 avr. 2016

AVANT-PREMIÈRE - EN AVANT VERS L'INCONNU !


Bonjour à tous !

 Waou ! C'est déjà dans une semaine que sera diffusé le documentaire musical EN AVANT VERS L'INCONNU !
 J'ai si hâte !

 J'ai adoré mettre les mains dans la pâte de ce gros gâteau de film, un merci infini à François, le réalisateur, pour ça. 
 Cette dernière semaine est un peu fébrile : on attend encore une autorisation de diffusion, je vous raconte ça bien vite. (bon, basiquement ça va être une histoire de gens qui courent se cogner dans les murs en hurlant dès que le téléphone sonne). On espère de tout cœur avoir ça en temps et en heure ! 

EN TOUT CAS , je vous convie avec moulte sautillements de joie à une petite avant-première bien modeste, et bien mignonne, bien particulière, enfin, bien, quoi.
 On voulait faire cette diffusion dans un lieu assez petit, qui résonne avec les concerts en appartement qu'on voit dans le film, et qui fasse sens.. il a donc fallu tourner assez peu de temps la manivelle de nos cerveaux avant de décider que ça se passerait dans le Repaire des Spankidz, le collectif du réalisateur du film : 

Viens manger des pop corn, me faire un coucou, et voir le film avant tout le monde ! 

 Ce Mardi 26 Avril, à 20h30,
 au Repaire des Spankidz, métro mairie d'Ivry, à Ivry.

 ATTENTION IL N'Y A QUE 25 PLACES !
cliclic pour t'inscrire

On diffusera le film, et je jouerai quelques chansons, ensuite on pourra boire des verres et retourner chez nous en zigzaguant ! Quel beau programme.

 L'entrée est gratuite, mais comme dans un concert en appartement, c'est génial si tu viens avec des choses à grignoter pour avant, ou des choses à boire pour après le film ! 

J'ai vraiment hâte de vous montrer ça.

 A MARDI ! 

Camille

5 avr. 2016

EN AVANT VERS L'INCONNU ! - Bande Annonce


Il y a maintenant presque deux ans, le réalisateur François Glévarec a embarqué avec moi pour l'une de mes premières tournées:
il en a ramené un documentaire d'une trentaine de minutes, images de concerts, mais aussi de l'émotion tendue des minutes qui précèdent; ou de la joie et de la fatigue des heures qui suivent, images des moments cachés, des bêtises entre les lignes, des zigzags de la route. Cette semaine là, je chantais dans deux festivals, une salle de spectacle, un café associatif, une prison, et deux appartements, et je dois dire qu'à le regarder, c'est un peu comme si j'avais enfin pu vous emmener tous avec moi, vos petits yeux rieurs dépassant de ma poche.

Le film s'appelle EN AVANT VERS L'INCONNU, et je suis si, si heureuse de vous le présenter bientôt !


4 avr. 2016

30 mars 2016

UN CHATEAU DE LIVRES


    Je suis rentrée tard. On m'attendait.

    Je sortais de ma valise les trésors de la semaine, et je les posais sur mon bureau, sous la petite houppe de fleurs éclatée de couleurs, emportée du dernier concert. Ma tête vrombissait de souvenirs entassés en cinq jours dans cinq villes différentes, salles de concerts, fêtes adorables,  errances dans Paris, une nuit de retrouvailles, jusqu'au squat où il y avait ce spectacle qui l'air de rien vous remettait le monde à l'endroit en plongeant avec courage dans l'ombre de son envers.
     A mesure que je sortais les objets de mon sac, revenaient des bouffées d'images, concerts, ou moments surgis de mon drôle de jeu d'anniversaire, fête d'enfant, à la fois douce et exaltante, comme pastel et fluo à la fois, repas en bonbons, pêche aux canards, faux tatouages et karaoké, ou soirée adolescente, décors et atmosphères ressurgis du passé, et moi je remplissais mes poumons de ces habitudes ensablées, repères presque ridicules mais qui me sont si importants, en reprenant illico le langage surexcité, l'émerveillement, l'urgence et la paresse de l'époque, avant de rentrer sur la pointe des pieds, comme une adolescente buissonnière, chez mes parents qui, grippés jusqu'aux orteils et se mouchant entre deux chamailleries de vieux amoureux, m'avaient préparé, comme quand j'étais petite, une chasse à la lune et un dessin à quatre mains.  En vidant ma valise, ébahie de reconnaissance pour tous ces paysages reçus, je les revoyais tout grippés, ma mère se trainant jusqu'à la cuisine pour me cuisiner un goûter à la vanille, les yeux fiévreux, mon père m'accompagnant à la gare, "mais nous fais pas de bisous parce que tu vas l'attraper". 

    Je sortais objet après objet, faux tatouages, restes de repas en bonbons, livre d'estampes, robe à fleurs de la friperie, carnet de dessin en 3D, autocollants phosphorescents, foulard en wax, ça n'en finissait plus, cette valise n'avait plus de fond. J'avais un peu le vertige devant toute cette joie accumulée, toute arrosée d'amour, de cadeaux, reçus comme dans une danse ou une fièvre. Alors que je regardais ahurie ce tas de trésors disparates, mon ami, surgissant par dessus mon épaule, m'annonce, rigolard et se régalant à l'avance, qu'il y a devant la maison une immense benne à ordures remplie de livres. Une benne à ordures. Remplie. De Livres. 
 
    Je ne me demandais plus jusqu'où mes yeux pouvaient s'agrandir, j'ai plongé avec lui sans attendre, dégringolant les escaliers. Il était minuit et demie. On a escaladé la benne, on s'est assis sur des piles de livres, les triant l'un après l'autre, se racontant des morceaux d'histoires, sortant des caisses et des caisses de livres pour les ramener à la maison, ou les disséminer en cadeaux. La ville autour continuait de distribuer ses promeneurs ivres, inattentifs, et ainsi nous avions l'impression d'être invisibles, à la fois enfants avides de la prochaine page, ayant obtenu un sursis de veille, et cambrioleurs en pleine lumière. Les murs de livres changeaient de place et de forme, menaçaient de s'écrouler, nous dégoulinaient peu à peu en gouttes lourdes de papiers sur les pieds,  étourdis par la fatigue et l'avidité de la chasse aux trésors. 
 
    Nous en sommes sortis, à reculons, à trois heures du matin, se trainant l'un l'autre pour se forcer à sortir, trouvant encore dans cette lutte des trésors incroyables, vieux livres de contes, jolies éditions de livres déjà lus, livres toujours voulus mais jamais achetés, livres d'enfants criards ou aux aquarelles étonnantes,  livres inconnus aux dessins flamboyants, parmi les Harlequins vaseux et les bds douteuses, parfois embarqués quand même pour les collages ou pour le plaisir de mettre le nez dedans. La benne nous montait plus haut que la tête, et assis à son sommet nous étions deux alpinistes, sauvant les vestiges d'une civilisation perdue, ou des plongeurs ramenant des trésors engloutis, remontant à la surface à regret, juste avant de manquer d'air. 

    Il y a donc ce matin, sur mon bureau, une espèce d'avalanche de choses, chacune, si on la secoue, réveillant d'un petit grelot un souvenir. Et au milieu de l'appartement, bouchant le passage, cette montagne de mots et d'images, ces dix ou douze caisses remplies, triées, qui vomissent des trouvailles élégantes, enfantines ou ahurissantes: l' énorme et magnifique livre ancien qui contient l'oeuvre complète de Chateaubriant, toute la bibliothèque verte et rose, le livre pour reconnaitre les traces d'animaux, la vieille édition du Cid, ce livre de Marguerite Duras que je n'avais jamais lu...  Mais sur la place en face de la maison, c'est comme si rien n'avait existé: la benne a disparu. 
 
    Tous les copains dormaient, et mes messages d'alertes ne sont arrivés à destination que ce matin, mon ami est reparti, et je ne serai pas bien sûre, devant cette place propre et ces promeneurs indifférents, de n'avoir pas inventé tout ça, si ce n'étaient les poches alourdies de mon manteau de nuit remontées parader ce matin sous mes yeux, et ce drôle de petit sourire en coin, d'enfant que je n'ai jamais cessé d'être, qui cachait des livres sous son oreiller en faisant semblant de dormir, qui n'entendait plus rien, qui en avait fait un refuge, un royaume, un pays, oui, et qui se retrouvait maintenant à la tête d'une armée de livres en batailles, sauvés des eaux, ébahie devant cette mer, cette mer de pages à lire.

Bientôt, bientôt...







24 mars 2016

Merci, Noisy, Longueau

 Je me souviens, j'avais attaché mes cheveux, j'avais mis une jupe d'or, j'avais mis un bustier noir. J'aimais bien cette tenue qui me faisait un corps étrange, des bras longs, et je faisais encore plus de gestes, dès que mes mains s'échappaient de la guitare, et l'ombre en faisait des gestes démesurés.

A la fin du concert, je m'étais assise au bord de la scène. J'avais baissé le volume de la guitare et j'avais demandé si les gens m'entendaient. Alors j'avais dit La Bergère d'Oubli. Encore une fois, déployé la grande créature marchant sur les toits de la ville, tressant les cauchemars en un long bouquet, s'en allant les garder sur la colline. Je pensais aux coeurs tordus des hommes. Je pensais aux blessures pas cicatrisées de Novembre et à celles oubliées et à celles à venir. C'était il y a dix-sept jours. 

J'avais tout de même commencé par bien rigoler, entamant la tournée à Longueau, abritée par le copain Pierrot, celui de la chanson, celui qui dit, dans un sourire, hein, et une équipe accueillante du même bois, qui méritaient quatorze refrains du même genre; me demandant un peu quand même, comment j'allais fildeferrer mes petites mélodies après les introductions qui jonglaient entre légumes peints et casseroles nudistes, les deux faisant office d'orifices fantaisistes en hommage plutôt bourré à la journée du droit des femmes, avec blindtest au flutiau et descente dans la cave en cas de victoire où on se faisait (parait-il) fouetter avec des poireaux. Par Batman. J'étais tellement contente de remettre les pieds dans ma région d'origine.
Sûre de la bienveillance des trajectoires et de l'invitation, j'ai donc remonté mon bustier bravement, et me suis avancée, à peine cachée, le temps d'être un peu plus stable, dans mon habituel bleu de travail, qui sert tout à la fois d'habit de scène, de pyjama, de grigri, et de refuge royal. Tout le trajet s'est bien passé, je lançais des sorts sans être trop sûre, étonnée de les voir exploser en couleurs, oscillant entre mon impatience naturelle et le hors-temps de cette parole là. J'ai traversé enfin, gravissant tout ce qui se trouve au bord, pour chanter à pleine voix les déserts, les masques d'or, les larmes qu'il ne faut pas retenir, alors même qu'il n'y a plus rien dedans. Je regardais les tables et je m'avançais, et je pensais à la mer Rouge qui ne s'écarte pas toujours, et dans laquelle il faut plonger parfois, et tenter de ressortir vivant, trempé jusqu'aux os.


A Noisy, j'embarquais pour trois jours. Avant de me construire une petite maison, murs imaginaires tracés sur le sol avec mes pieds nus, j'ai donc tout de suite vérifié la perméabilité de mes frégates: oui, c'était possible, de s'asseoir au bord, et de s'engloutir, alors j'avais choisi la Bergère d'Oubli, ce drôle de rappel qui résonnait partout, qui me faisait trembler à chaque fois. 
Voilà, je n'avais pas encore dit merci, Longueau, Noisy, de m'avoir accueilli, avec tout mon vaisseau d'histoires, de sources et de créatures.
 Celle là, la voleuse de cauchemards, gardant son troupeau, me manque: depuis quelques jours, elle a allongé ses grands pas jusque Bruxelles. C'est son rôle, marcher sur les toits, même sans connaitre ni le coeur des hommes, ni leur chagrin. Bruxelles, je pense si fort à toi. 


Bruxelles


1 mars 2016

24 févr. 2016

Télérama Sortir


"Son grain de voix éraillé saisit et émeut"
 Télérama Sortir vous encourage à venir me voir les 9, 10, 11 Mars à Noisy le Sec !
 Et moi aussi, ohlala, moi aussi.




16 févr. 2016

Dormir Seule / Extrait Cabane


C'était pendant l'été 2013
on tournait le clip de "Me Laisse Pas Seul" avec Soan et les Spankidz

le jour où on a construit ma cabane dans les arbres,
je l'ai tellement aimée, qu'après la journée de tournage,
 un peu épuisée,
j'ai fait quelques chansons,
versions inventées, tâtonnantes,
des choses déjà existantes
ou qui se promenaient dans ma tête.

Guillaume est allé chercher François qui est allé chercher sa caméra.

C'est maladroit et fragile, 
tout vivant, imparfait, 
ça tient à peine ensemble.
 
C'est un petit moment que j'avais oublié, 
et qui vient de resurgir, 
plein de fatigue, de peinture, et de nuit, 
où on entend l'équipe qui rigole et se repose un peu plus loin, 
et le vent qui souffle en faisant bouger le décor. 

C'est un petit moment volé, 
une version de Dormir Seule, 
juste inventée pour ce moment là.



8 févr. 2016

Merci Colmar !


J'ai traversé la France et les brumes de ma petite maladie pour venir te voir, et tu valais tellement le coup, avec tes petites maisons qui ont toutes l'air habitées depuis si longtemps, avec ta classe de collégiens qui m'ont posé mille questions et chanté du maitre Gims (c'était "à contresens" et c'était malin parce que maintenant je vais trouver les chansons de maitre Gims HYPERMIGNONNES pour toute ma vie) ,  avec ta galerie pleine de plantes étranges en céramique ou en fusain, et tes spectateurs installés là, tâtonnant d'abord avec moi et puis s'enhardissant, finalement courant à plein souffle dans les rappels,  pendant que j'éclairais la route comme je pouvais, en vacillant un peu depuis mon angine, en faisant des détours écrits spécialement pour l'occasion, jetée là dedans avec mon maillot de piscine tricoté de mots qui toussaient, jetée dans ces détours et cette drôle de voix encore plus cassée que d'habitude, avec sous le bras mon cerveau qui éternuait et le débordement d'amour d'être là, malgré tout ça, qui faisait comme une petite cabine de protection: on pouvait aller aussi loin qu'on voulait sans faire naufrage, c'est sûr.

On pouvait parler de la mort qui rôde, on pouvait même parler du Titanic et imiter la romance sanglotante de ça, on pouvait inventer des endroits, parler des amours secrets, même pas tellement existants, tellement peu existants qu'il était presque dangereux de les esquisser, comme ça, dans le noir, avec toujours une voix tordue, et un amour qui débordait comme un gros volcan malade, par secousses brûlantes,  pour ces gens qui écoutaient assis dans leurs grandes oreilles, et plus tard pour toutes ces histoires confiées, pour l'accueil adorable des lézards, pour les pastilles au miel et au thym et à tout ce qu'on trouvait, sorties de toutes les poches, pour la collophane magiquement apparue, pour la famille de loups des bois venue gentiment roder par là, et pour cette petite fille qui s'était endormie sur le côté, sous un manteau, comme on s'endort partout quand on est enfant, au milieu des fêtes les plus bruyantes, je m'en souviens, de ça, de danser avec n'importe quel autre enfant dans une confiance offerte et tourbillonnante, de manger toutes les chose sucrées à proximité, et de m'endormir soudain comme sans m'en apercevoir, au milieu de tout, vaguement consciente du rythme de la fête et des pas des adultes, avant de me sentir soulevée par des bras attentifs, sans doute pour être déposée dans un lit un peu froid, beaucoup plus confortable et ennuyeux.

Je m'en souviens si bien que maintenant que je suis arrivée, déposée par tous vos bras de l'autre côté de la France, j'ai pensé tout de suite à repartir, encore un peu fiévreuse, repartir, vite, à contresens, évidemment.

3 févr. 2016

PAROLES ET MUSIQUES

Bonjour ! J'ai la joie de vous annoncer que je fais partie de la programmation de la 25ème édition de Paroles et Musiques! Retrouvez-moi le 24 Mai au Pax, à Saint Etienne !





2 févr. 2016

A VENDREDI A COLMAR

merci le journal l'Alsace !

PROCHAINES DATES


05.02.16 COLMAR (68) / Lézard

08.03.16 LONGUEAU (80) / Espace Culturel Picasso

09.03.16 NOISY LE SEC (93) / Théâtre des Bergeries
10.03.16 NOISY LE SEC (93) / Théâtre des Bergeries
11.03.16 NOISY LE SEC (93) / Théâtre des Bergeries


01.04.16 VENELLES (13) / MJC de Venelles

29.04.16 CONCARNEAU (29) / CAC

30.04.16 QUEVEN (56) / Les Arcs

06.05.16 LIGNIERES (18) / Festival l'air du temps - Les Bains Douches

1 févr. 2016

jeu d'anniversaire - n°1 : Festival d'Angoulème



Téléportée trois jours plus tard au point d'où j'étais partie, vendredi, les yeux encore tous collés de nuit, sans savoir où on m'emmenait, mais sachant seulement que ce voyage ouvrait le bal de mon drôle de jeu d'anniversaire, me voilà réalisant soudain, essorée d'images et de rencontres, que j'ai appris la sérigraphie, rencontré mes héros, trouvé des trésors, dansé la vibe en mangeant des frites sous la pluie, voté rose ou bleu, grimpé des escaliers en colimaçons, chevauché la moto d'Akira, déchiffré les conseils secrets et sacrés d'Hugo Pratt, avalé des milliards de couleurs de mots de personnages et d'idées que j'ai mâchés dans un gros chewing gum, comme Blaise Cendrars qui faisait un livre de tous les passages préférés de ses livres pour les emmener partout, fabriquant moi aussi ma petite valise de regards de mains et d'encres scotchés ensemble et jetées dans le coffre de ma voiture à idées; 
mais surtout, surtout, que je dois remercier infiniment les chemins secrets de la vie pour m'avoir laissée, malgré toutes mes maladresses, les dangers, les motos qui s'écroulent et les maisons qui brûlent, les vertiges des fenêtres et ceux de l'ombre, avoir trente ans, et pour m'avoir donné des amis si beaux,qu'ils étaient capable de construire, à partir d'un royaume à peine dessiné avec le doigt dans la terre, et de quelques règles en carton bricolées, un incroyable réel : solide, magique, et vibrant.




Jeu d'anniversaire


le 9 février prochain, j'aurai (WAOU) trente ans
alors
j'ai inventé un petit jeu d'anniversaire

j'ai demandé à trente personnes différentes
si elles voulaient bien organiser un petit quelque chose
quelque chose qui peut-être tout simple, comme un goûter
ou plus foufou, comme une idée joyeuse qu'on aurait pas osée autrement
quelque chose de nouveau
ou de très familier
dont on vient juste d'avoir l'idée
ou à laquelle on pense depuis longtemps
quelque chose de rigolo ou de profond
quelque chose qui ne veut rien dire ou qui veut tout dire
quelque chose
de petit ou grand
quelque chose

j'ai mis des règles du jeu :
ça doit se passer dans les trois premiers mois de mes trente ans,
je dois ramener trois photos,
si ça fait peur il faut me prévenir..

Une de mes amies m'a suppliée de la laisser commencer en avance. Elle avait une idée pour demain.
Demain matin, commence donc mon jeu d'anniversaire
je pars à 6h30 de chez moi, pour trois jours. Je n'ai aucune idée de où.

C'est un très beau début de jeu. C'est un très beau début de trente ans.

15 janv. 2016

22 déc. 2015

Aujourd'hui 22 Décembre 2015
je tombe en amour absolu et irrésistible
pour les poèmes de Dan Fante
aujourd'hui aujourd'hui
jour dont je ne me souviendrai plus dans trois mois
tellement ce langage ivre, sale et impossiblement romantique
me sera incrusté dedans comme s'il avait toujours été là
Il fait des poèmes de marées, de supermarchés, de hurlements d'amour et de gueule de bois,
dedans il y a tout le débordement des coeurs d'ivrogne
ce moment où, même si c'est le whisky qui parle
tu es sincèrement, fichtrement et immensément gonflé d'amour pour n'importe quel prochain
en même temps que complètement desespéré


Dan Fante c'est le fils de John Fante
on s'en fout on peut aimer le père et le fils à la fois
c'est écrit dans la bible pour les enfants

aujourd'hui je faisais des cadeaux de Noël
c'est à dire que je me réfugiais dans les librairies pour ne pas penser au dehors
évidemment vu que la gravité s'est multipliée par trois ces derniers temps
je faisais tomber des livres dans mes poches
pour me construire une armure
je suis un robocop de mots
je m'en fous de l'hiver
je m'en fous du chagrin
puisqu'on peut dire le mot hiver
puisqu'on peut dire le mot chagrin
voilà

après ces semaines à me sentir comme un gros mal de mer
aujourd'hui je suis la proue d'un bateau en papier
une proue qui déclame glorieusement tous les poèmes du livre de Dan Fante
qui s'appelle "BONS BAISERS DE LA GROSSE BARMAID"

je vous en marque un ici
si jamais vous aussi
vous habitez dans un mal de mer
celui là s'appelle :

POUR LA DAME A LA RAIE SUR LE CÔTÉ

Il y a cet ancien fantôme dans
mon
placard
ça fait un siècle que je le garde
au calme
comme
un secret que l'on murmure
en attendant patiemment de voir une tremblante lueur
le trahir
J'ai traîné mon secret de maison en maison
et d'épouse en épouse
pendant les hivers de ma vie
jusqu'à
ce jour
Alors voilà mon secret - au grand jour
Je n'ai vraiment aimé personne
jamais eu vraiment rien à foutre de
qui que ce soit
ou quoi que ce soit
à part moi
jusqu'à ce jour
jusqu'à toi

(et voilà. ils sont tous comme ça. )

à demain

PARIS, DEMAIN SOIR, JE VIENS TE CHANTER TOUT CE QUE J'AI SUR LE COEUR (Y EN A GROS).
A DEMAIN SOIR POUR UN PETIT CONCERT BLOTTI DANS LE LIMONAIRE.

21 déc. 2015

Merci le festival Les Zincs Chantent !


     Le jeu, ce week end, c'était de venir jouer dans les cafés d'Ardèche, d'emmener la musique dans des lieux où elle ne se fait pas forcément d'habitude.

     Le premier soir, la fatigue du trajet aidant, j'ai un peu sursauté à la vue du père Noël gonflable géant qui trônait devant le café (au lieu de me jeter dessus pour faire un câlin-trampoline, comme aurait fait tout un chacun).
     A l'heure dite, je suis partie m'enfermer dans le placard à tomates pour écrire sur mes bras, me concentrer, et puis je suis sortie, complètement hésitante, mais j'ai fermé les yeux, retenu ma respiration, et j'ai plongé, quand même, malgré les jours d'orage.
     En nageant, je touchais du mieux que je pouvais tout mes repères, pour ne pas oublier la route : bergère d'oubli qui ouvre la route à travers le silence, ensuite les rivières étonnées, alors l'apparition des désobéissances, des os-forêts, des refuges palpitants. A ce moment, je me suis rendue compte qu'on y était : j'ai entrouvert les yeux, et je voyais d'autres yeux, d'autres pieds posés près des miens. Dans le tunnel, sous le carrelage et les menues habitudes qu'on avait décalées en même temps que les plantes en pots et les tables du repas du soir, il y avait tout un fleuve, qu'il n'y avait plus qu'à remonter, à tâtons, jalonné de poissons lucioles et de grimaces extatiques à travers les masques, qui nous font les regards troubles et bien plus grands, jusqu'à ressurgir haletants, à la source, plein de boue et trempés jusqu'aux os. Que c'était bien de découvrir ça avec vous.

     Le lendemain, c'était une autre couleur d'aventure. Maria, qui tient ce petit café au creux d'Annonay, avait tout préparé, elle nous attendait, trottinant dans son bar qui se peuplait d'habitués curieux, et tout, les chevaux à bascules, les vieux pétrins, les petits bancs roses, respirait comme elle, dans la même lumière d'hiver infiniment bienveillante.
     Le pied à peine entré, j'ai donc glissé dans un toboggan de reconnaissance, et j'ai retrouvé la facilité presque oubliée de la nage, moi qui avait douté un moment que je venais des poissons. Les écailles sont revenues aussitôt la lumière éteinte, et l'expédition s'est faite cette fois à plein poumons : plus besoin du secret puisque le monde entier était recouvert par l'eau, et que tous, infiniment serrés les uns contre les autres, assis au petit bonheur des chaises, des marches, du sol ou des genoux du voisin, collés contre la vitre de ce café débordant, nous le savions, que nous étions amphibies.

     J'avais l'impression de nager d'une bouche à l'autre, du dedans, et je reconnaissais mes mots mais je n'étais plus bien sûre que c'était ma salive. Dans ce gros ventre d'eau, les limites étaient forcément et heureusement troubles.

     Alors, merci, Maria et son café de la Mairie, merci Nathalie, Cassandre, le père Noël marquant l'entrée du souterrain, et le café du Nord.
     Merci surtout infiniment à toute l'équipe épique des Zincs Chantent, Hélène, Aurore, Vincent, Xavier, Amaury, Ludivine, Filou, Lise qui a rigolé 48h d'affilée, malgré les bouts de fondue tombés dans le lac avec des legos attachés aux pieds, Romain qui a écouté et guidé mes demandes de particules sonores invisibles, l'autre Romain a qui on a volé la tractopelleteuse pour éviter un retour à dos de grève des trains, et Bertrand qui, en plus d'avoir pris cette petite photo garantie sans autre filtre que celle de la buée et des guirlandes de Noël, a survécu à la désormais légendaire technique du Koala (qui consiste à s'accrocher au dos d'autrui, tel un mignon petit sac à dos ivre, et déterminé, jusqu'à obtenir gain de cause. Je conseille la technique notamment à tous ceux qui pensent demander une prime de fin d'année, au bureau.)
     Merci aussi les ânes qui courent dans le matin, les copains recroisés, les gens qui étaient venus habiter en Ardèche à force de tourner pour trouver une place à Paris (ça fait loin pour se garer, mais après on est bien) et qui décapotaient leurs voitures sans permis à la scie sauteuse, les magazines qui répondent aux 200 questions intrigantes sur les chats (votre chat veut il vous tuer ? Spoiler : OUI.) , merci les totales verveines, les horizons de pierre, de montagne, et d'arbres, les feux dans la nuit, et toutes les lumières, celles qui rendent les murs méconnaissables, celles qui décorent immuablement les vitrines embuées, l'hiver, et surtout, surtout, celles à peine découvertes et déjà évidentes, et qu'on trouve forcément, avec les yeux des mains, c'est à dire à tâtons.

LA GREVE

ON S'EN FOUT DE LA GREVE DES TRAINS ON RENTRE EN PELLETEUSE

16 déc. 2015

quelques photos de l'expo

passez donc au Bardac, à Saint Aubin du Cormier (35), elle y est tout le mois de décembre !  
 





12 déc. 2015

MERCI NANTES !



MERCI LA BOUCHE D'AIR, avalée toute entière dans ta petite salle, vos grands yeux allumés dans le noir, j'étais si heureuse de faire ce voyage avec vous, tous embarqués sur ce grand cheval de mots, effrayant et familier, à traverser d'en dedans, à travers et par dessous, des paysages de rivières gonflées d'envies débordantes, des noeuds de bêtises encore enroulées sur elles-mêmes, hésitantes , la ville et les forêts et les statues qui s'endorment, s'endorment.

Merci l'accueil à bras géants, le plateau de fromage nocturne, la patience pour trouver avec moi la température de voix familière, et merci pour les histoires, au milieu du repas, des vagues vivantes de la côte, sur les iles, qui mangent les baigneurs essouflés, et où l'histoire nous a emportés aussi, soudain autour de la table on était tous en slip de bain en train de lutter, mi tragiques mi comiques, clowns agonisants et éclaboussés, pour garder la vie et un peu de dignité pudique, et aussi pour reprendre notre souffle entre deux rires, au milieu des carottes rapées et du tiramisu. 

Merci pour le dino-fluo surprise qui m'a fait éclater de rire à peine arrivée sur scène, avant d'abandonner, un peu hésitante, tout le reste, et d'éclater finalement en notes et en mots, devenue poisson dans ce grand, grand fleuve d'écoute, qui changeait de couleur comme les peurs qu'on porte enfin haut, et moi en tout cas, avec mon petit panier de peur, sous mon chaperon multicolore, j'étais si heureuse, si fière, de traverser la forêt pour me faire dévorer par vous.

MERCI.


 (crédit photo : Chantal Bou-Hanna)

2 déc. 2015

EXPO + CONCERT

VENDREDI C'EST MA PREMIÈRE EXPO
au Bardac - Saint Aubin du Cormier (35)
je serai aussi en concert
ce soir là - cet endroit là
voilà

LE PHARE

MERCI LE CHANTIER DES FRANCOS !

    Me voilà de retour, encore titubante, après cette semaine à boire et boire et boire tout ce que j'ai pu y trouver:
l'eau, les conseils, les cours de chants pommettes-joyeuses-lèvres-boudeuses, les peintures avec les doigts, les huitres, les noix, les gens bleus verts jaunes rouges, les plongées interstellaires dans l'internet cosmique, les panneaux de signalisation pour les futures tournées, les combinaisons bleus et les talons rouges pas mal mais faut voir, les vocalises à quatre pattes, les équilibres précaires sur une buche à bascule, le café couleur café, les sous-textes et les peurs qui clignotent, qui se libèrent, qui mettent un orteil timidement hors de la porte, le vin et le champagne et le fromage et le festin improbable tombé du ciel le dernier soir, toutes les choses abandonnées, les concerts comme des grandes tempêtes accueillies bras ouverts, les univers de Fiona et Saad, et de Rakia arrivées avec la même soif, la fatigue et la joie de se rencontrer mélangées, l'impression de traverser chacune sa jungle, mais en se hurlant des encouragements d'un cosmos à l'autre, et en se retrouvant, ravies et épuisées, de l'autre côté, pour plus de vin, plus de fatigues, plus d'aventures à venir. 

    Chère semaine passée au Chantier des Francos. Tu m'as volé beaucoup, beaucoup de sommeil, mais en échange, telle une énorme petite souris qui laisse un cadeau contre l'ivoire et l'innocence posées dans une boite, les premières fois qu'on a un trou à son sourire, en échange, tu m'as donné un grand phare dans la tête. Il a la couleur de l'eau de La Rochelle et il éclaire mon chemin, loin, loin. MERCI.

1 déc. 2015

What what in the nut


Jour 5 au Chantier des Francos... Il se passe des trucs foufous !

30 nov. 2015

SELECTION CHANTIER DES FRANCOS 2016


J'ai la joie de vous annoncer que je rejoins la sélection 2016 du Chantier des Francos !


20 nov. 2015

Mon nom.

Je ne suis plus une demoiselle inconnue.

Tu le sais depuis longtemps, va. Moi aussi. Quand on sait les choses, il ne faut pas les cacher.

Je vais te raconter l'histoire de mon ancien nom, la Demoiselle inconnue.
C'était un nom chrysalide, un nom carapace, un nom cadeau, protecteur et protégé, que m'avaient donnés les dieux de la scène, un nom d'apprentissage. Maintenant que j'ai grandi, comme un rite initiatique,  j'ai laissé tomber cette dernière peau, cette dernière mue.
Voilà donc la robe de cette ancienne peau tombée à terre, plissée, épaisse, déjà un peu étrangère.
Je me suis dévêtue, parce que c'était l'heure.
Parce que cette protection, je n'en avais plus besoin.
Parce que j'ai passé tout ce temps, toutes les répétitions, tous les concerts, toutes les chansons, toutes les rencontres, à apprendre comment être la plus à nu, la plus sincère, la moins cachée possible.
Ces derniers mois, ces derniers jours, je voyais bien que j'étais arrivée devant cette barrière, la dernière. Que ce qui me cachait encore, c'était ce nom.
Je respirais. Je prenais mon élan. Je répétais le geste dans ma tête.

Aujourd'hui, je franchis cette barrière, je laisse tomber cette robe de vieille peau, j'abandonne , émue et fière, ma chrysalide.

et me voilà nue, devant toi.

Je ne suis plus inconnue, tu sais.
Je suis Camille Hardouin.



Pour toute l'histoire de mon ancien nom : tu peux voir ce post sur mon blog.

L'histoire de mon nom.

      Un soir, il y a quelques années, en me promenant le nez au vent devant un concert organisé par les Inrocks à l'Olympia, j'avais attrapé une place en vol,  et j'étais entrée dans la salle avec une amie, j'avais sorti les yeux de mes poches pour les écarquiller au même rythme que mes oreilles devant Devendra Banhart, Brisa Roché, les Artics Monkeys, les Editors, et Anthony and the Johnsons.

C'était entre deux chansons de Devendra Banhart que ça s'est passé. Je me souviens des frissons et je me souviens que sa musique a toujours sonné comme une maison familière, une maison que j'aurais longtemps cherché. Alors entre deux frissons, comme pour me reposer, et parce que mon amie était très jolie, je disais des conneries. C'est pour ça que ça s'est passé comme ça: j'ai vu quelqu'un lever la main dans le public, un peu au loin, et j'ai compris que le chanteur avait proposé à quelqu'un de monter sur scène. J'ai du avoir un quart de seconde pour me traiter de triple idiote ou de quoi que ce soit que j'avais en triple dans ma réserve d'insultes personnelles, de pas avoir été attentive à ce moment précis, quand la main s'est baissée. J'ai pas pris le temps d'inverser mes insultes, je me souviens juste m'être jetée dans mon bras, un peu comme si l'air avait manqué, me jeter dans mon bras et le jeter lui en l'air, voilà.
Alors comme on me faisait signe de monter sur scène, comme j'escaladais cette idiote barrière de sécurité avec la robe en soie trop longue que j'avais mis ce jour là, moitié dégoulinant, moitié l'escaladant, empêtrée dans ma robe et mon rire, je pensais "quelle chance, je vais passer un moment à partager la musique avec eux", je pensais que j'étais invitée à faire des percussions derrière, quelque chose de rigolo comme ça, et que vite on allait s'apercevoir que j'avais un sens du rythme fluctuant, mais que je compenserai en étant tellement, tellement heureuse de faire ça, mal taper sur un tambourin.

Quand je suis arrivée avec mon sourire et ma robe enfin ramassée, quand je suis arrivée devant lui, il m'a tendu ma guitare et j'ai tout compris d'un coup. Que j'avais été une mauvaise élève qui n'écoute rien de la leçon mais qui par magie la sait quand même. Alors avec le grand sourire des mauvais élèves qui sont souvent sauvés, et de façon bien plus belle que s'ils avaient rempli l'exercice, j'ai remercié bien bas, j'ai pris la guitare, magnifique guitare contre moi , et j'ai joué un morceau.

On m'avait demandé mon nom. J'ai dit que mon prénom, c'était Camille. Je n'avais pas d'idée même de faire de ces rivières un métier, je n'avais d'idée pour rien, je me laissais un peu porter le temps de rassembler le courage, il faudrait quelques années encore. Alors j'ai dit mon nom et j'ai joué ma chanson. C'était une petite chanson qui trainait dans ma tête, un petit morceau de Lilt, le duo que je fais avec une amie et dont je te parlerai plus tard, promis, une petite chanson même pas finie qui trainait là dans ma tête.

Je me souviens qu'en cours de chanson j'ai pensé qu'il n'y avait pas de fin à cette route, puisque la chanson n'était pas du tout finie d'écrire ni de composer, et je rigolais tellement intérieurement de me voir là sur la scène de l'Olympia, à conduire ma moto à 200 à l'heure avec pas de fin à la route.

Alors quand la dernière phrase écrite s'est approchée, je l'ai dite à toute vitesse et puis j'ai pilé là, et pris une grande respiration pour savoir quoi faire avec ce précipice qui venait ensuite.
Il n'y a même pas eu à réfléchir: les applaudissements ont éclaté comme une cascade, et voilà, et le temps de me jeter au cou de chaque musicien pour dire merci j'ai donc redégouliné dans le public et dans mes robes, et j'ai assisté tremblante à la fin du concert et hypnotisée à celui d'Anthony and The Johnsons.
Je n'ai même pas pensé à aller gratter aux loges pour dire merci, je n'ai pensé à rien, j'ai pris mon amie par la main, traversé les gens qui me souriaient et me félicitaient, et j'ai ouvert la porte pour sortir. Dehors il y avait tout un cercle de gens qui attendaient, sans doute pour autre chose, mais quand ils m'ont vu, ils ont tous applaudi. Alors je suis partie dans cette ivresse là, d'avoir donné quelque chose avec toute l'évidence et la joie dont j'étais capable, et je me souviens, je me souviens bien, qu'on est rentrés chez moi titubantes.

Ensuite ça a pris quelques années, mais j'ai finalement dit d'accord, d'accord c'est ça mon métier, raconter des histoires, d'accord. Je voulais un nom pour faire ça, un nom qui soit déjà le mien. J'ai avoué cette histoire un peu, mais la voilà entière.
Un soir que j'étais dans cette période, de flotter en cherchant mon nom partout et comment le trouver, je me souviens que parce que j'avais du vague à l'âme, j'ai cherché quelque chose pour me consoler. et je me suis souvenue que sur deux-trois blogs il y avait des traces de ce moment. Alors je suis allée les relire , pour me souvenir des beaux moments secrets de la vie, et là c'est venu et c'était sûr, puisque tout le monde m'appelait "La Demoiselle inconnue", puisque c'était là, puisque c'était la première histoire de ma première vraie scène et de se donner entière au hasard et à la joie, alors d'accord, alors c'était mon nom. Et voilà comment mon nom était venu.